Le Goncourt est tombé ce mardi 3 novembre, et il récompense Philippe Jaenada pour L'Inconnue du quai de Javel, paru chez Flammarion. Six voix contre trois à Sylvain Prudhomme. Un couronnement qui ne surprend pas grand monde tant le livre tournait en tête des pronostics depuis la rentrée.
Jaenada, on le connaît. Depuis La Petite Femelle et La Serpe, il s'est fait une spécialité : reprendre de vieilles affaires criminelles enterrées, et passer des centaines d'heures dans les archives pour comprendre ce qui a vraiment eu lieu. Ici, le point de départ est glaçant. Le 6 septembre 1949, on repêche le corps d'une jeune femme sur le quai de Javel, à Paris. Étranglée. Pieds nus. L'enquête piétine, puis l'affaire est classée au bout de six mois. Dossier refermé, oubli programmé.
Soixante-quinze ans plus tard, Jaenada rouvre le carton. Il relit les procès-verbaux, arpente les lieux, traque la faille dans le récit officiel, et redonne un nom et une épaisseur à cette femme que l'on avait réduite à un numéro. Il va même jusqu'à relire les Maigret de Simenon pour s'imprégner des méthodes du commissaire. L'élève, à lire certains critiques, finit par dépasser le maître.
Le roman couronné par le Goncourt 2026, à lire au coin du feu :
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Ce qui fait tenir ces 528 pages, ce n'est pas le suspense façon polar. C'est la voix. Jaenada digresse, s'excuse, plaisante, part en parenthèses de trois pages puis revient, et cette présence un peu bavarde devient le vrai moteur du bouquin. On ne lit pas pour savoir qui a tué. On lit pour rester avec lui dans les salles d'archives, à 23 heures, quand il déniche la pièce qui change tout.
Ça vaut le détour, à condition d'aimer prendre son temps. Ceux qui veulent un thriller nerveux de 250 pages risquent de trouver le rythme élastique. Les autres, ceux que les vrais gens oubliés émeuvent plus que les rebondissements mécaniques, vont s'attacher pour de bon.
Le même jour, le Renaudot est allé à François-Henri Désérable pour Le Palais. Belle journée pour la rentrée, qui offre deux livres très différents et deux manières opposées de raconter le réel. Mais le Goncourt, lui, récompense une obsession. Celle d'un homme qui refuse qu'on oublie une morte de 1949. Et ça, c'est une jolie raison de lui donner un prix.
Crédit photo : Flammarion




