Le même jour que le Goncourt, chez Drouant, le prix Renaudot 2026 est allé à François-Henri Désérable pour Le Palais, publié chez Gallimard. Six voix contre quatre à David Djaïz, et voilà l'Amiénois de trente-neuf ans sacré par le centième jury d'un prix qui fête ses cent ans.

Le roman raconte Arun Kumar, enfant indien adopté à huit ans par un couple de Beaune, en Bourgogne. Dans le restaurant familial, le gamin tombe sur le vin et se découvre ce que le titre appelle un palais absolu : un don pour reconnaître et mémoriser les arômes, nez infaillible capable de nommer un cru les yeux fermés. Des bidonvilles de Delhi aux coteaux bourguignons, puis jusqu'aux États-Unis, ce talent lui ouvre les plus grandes bouteilles. Et finit par devenir l'instrument d'une revanche.

Parce que le héros ne se contente pas de goûter. Il fabrique de faux grands crus, des bouteilles trafiquées qu'il refourgue aux connaisseurs les plus fins et aux collectionneurs les plus fortunés. Vin, mémoire et imposture : le mélange est enivrant, et le livre assume son costume de roman d'aventures, avec une vraie réflexion glissée dessous sur l'authenticité et ce qu'on paie vraiment quand on paie une étiquette.

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Désérable n'est pas un inconnu qui sort de nulle part. On l'avait repéré en 2017 avec Un certain M. Piekielny, cette enquête menée autour d'une phrase de Romain Gary, puis récompensé en 2021 par le Grand Prix du roman de l'Académie française pour Mon maître et mon vainqueur. Ancien hockeyeur passé par le droit, il a aussi écrit sur l'Iran et sur les traces du Che. Ce Renaudot arrive donc cinq ans après son premier grand prix, et confirme une voix qui sait raconter.

Le jury présidé par Frédéric Beigbeder a par ailleurs partagé son prix de l'essai entre Jean-Paul Enthoven, pour son Dictionnaire amoureux du bonheur, et Christophe Ono-dit-Biot, pour L'odyssée de l'Odyssée. Le premier traîne quelques soupçons d'emprunts mal cités, ce qui tombe mal pour une édition anniversaire.

Faut-il se jeter sur Le Palais ? Avec plus de 50 000 exemplaires déjà vendus avant le sacre, le public a tranché avant le jury. Pour qui aime les romans qui filent, pleins de vin et de mauvaise foi assumée, c'est clairement à mettre sur la pile.

Crédit photo : Gallimard