Culture

François-Henri Désérable invente un enfant de Delhi capable de reconnaître tous les vins du monde à l’aveugle, et Le Palais est le roman le plus gourmand de la rentrée

posted by Vincent 18 octobre 2026
Couverture du roman Le Palais de François-Henri Désérable (Gallimard)

Il y a des romans qu’on ouvre pour l’histoire et qu’on referme en ayant soif. « Le Palais », le nouveau François-Henri Désérable paru le 20 août chez Gallimard, fait partie de ceux-là. Quatre cent seize pages, 23 euros, et une idée de départ qui aurait pu tourner au gadget mais qui tient du début à la fin.

Son héros s’appelle Arun Kumar. Enfant pauvre de Delhi, il possède ce que les œnologues appellent un palais absolu : une mémoire des arômes tellement infaillible qu’il reconnaît à l’aveugle n’importe quel vin de la planète, millésime compris. Un don qui vaut de l’or, et qui va le trimballer des bidonvilles indiens aux caves de Bourgogne, puis à New York et jusqu’aux îles Marquises.

Sur le papier, ça ressemble à un roman d’apprentissage classique. Sauf que Désérable y greffe tout autre chose : une revanche sociale. Arun ne se contente pas d’apprendre le vin, il veut faire payer les milieux fortunés qui en ont fait un marqueur de caste. Son génie devient une arme, ses exploits virent à l’escroquerie, et on se surprend à applaudir un héros qui n’a rien d’un enfant de chœur.

C’est là que le livre est le plus malin. Désérable connaît son sujet, et ça se sent : on apprend énormément sur la dégustation, les terroirs, le petit théâtre des grands crus, sans jamais avoir l’impression de lire un manuel. Le vin sert de prétexte pour parler d’authenticité, d’imposture, de ce que valent vraiment les étiquettes qu’on se colle les uns aux autres.

Le Palais - François-Henri Désérable

Le roman d’aventures œnophile dont on parle cet automne :

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Par contre, il faut aimer qu’on vous raconte. Désérable écrit comme on sert un verre, généreusement, avec une énergie de feuilleton qui file parfois un peu vite. Ceux qui préfèrent les romans retenus et économes trouveront peut-être que ça déborde. Les autres se laisseront porter sans voir passer les pages.

Le résultat, c’est sans doute le roman le plus distrayant de cette rentrée, et l’un de ceux dont on parle le plus pour les prix de l’automne. Pas un grand livre grave et profond, non : un vrai roman d’aventures, bien documenté, bien mené, qui donne envie de déboucher une bonne bouteille.

À lire si vous aimez les histoires qui avancent et les héros ambigus. Et tant pis si, après, vous regardez votre prochaine gorgée d’un autre œil.

Crédit photo : Gallimard

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