On croit connaître Robert Capa par cœur, le reporter qui court sous les balles et rapporte l'image impossible. Le musée de la Libération de Paris s'attaque justement à cette carte postale, et il le fait bien.
Première surprise, le nom. Robert Capa n'existe pas vraiment. L'homme s'appelait Endre Friedmann, né en 1913 dans une famille juive de Budapest, étudiant chassé par l'autoritarisme hongrois, passé par Berlin avant d'échouer à Paris. C'est là, en 1936, qu'il s'invente ce pseudo de reporter américain pour mieux vendre ses photos. Un personnage de fiction, en somme, qui finira par manger l'homme.
L'expo déroule quatre vies en une. La guerre d'Espagne d'abord, couverte avec Gerda Taro, sa compagne photographe morte au combat, et cette fameuse "Mort d'un soldat républicain" de 1936 publiée dans Life, dont on débat encore de la mise en scène. Puis le 6 juin 1944, Omaha Beach, où il débarque avec le 116e régiment. Sur les centaines de clichés pris ce matin-là, une dizaine seulement a survécu au labo londonien. Le reste appartient à la légende, et le musée s'amuse à la décortiquer.
Ce qui change ici, c'est le regard. La commissaire Sylvie Zaidman refuse le Capa chasseur de scoop, ce casse-cou amoureux du danger qu'on nous sert depuis toujours. Elle montre un homme politiquement engagé, antifasciste de la première heure, qui photographie des causes avant de photographier des explosions. Nuance de taille.
Pour prolonger la visite, le catalogue édité par Paris Musées rassemble les tirages et les archives accrochés au musée.
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Le parcours vaut aussi pour ses trouvailles. Un film inédit, monté à partir d'heures d'archives, suit Capa dans Paris les 25 et 26 août 1944. On y croise les tirages de presse d'époque, les magazines jaunis, les carnets. Et puis cette dernière salle, un agrandissement quasi cinématographique de soldats avançant dans les rizières du Vietnam, là où Capa sautera sur une mine le 25 mai 1954, trois ans après avoir fondé l'agence Magnum avec Cartier-Bresson et David Seymour.
Alors oui, ça vaut le détour. Pour les photos, bien sûr, mais surtout pour la manière dont le musée refuse la facilité hagiographique. On ressort avec un Capa moins héroïque et nettement plus humain, ce qui est largement mieux.
C'est au 4 avenue du Colonel Rol-Tanguy, dans le 14e, jusqu'au 20 décembre. Pour qui aime la photo, l'Histoire ou les destins romanesques, il n'y a pas à hésiter.
Crédit photo : Illustration générée par IA




