Il aurait eu cent ans cette année, et le musée Carnavalet a eu la bonne idée de le fêter là où tout s'est joué pour lui, c'est-à-dire dans les rues de Paris. L'exposition s'appelle "Paris à l'arraché. Jacques Villeglé et l'art urbain", elle a ouvert le 14 octobre et tient jusqu'au 14 février 2027. Si vous ne connaissez pas le nom, vous connaissez quand même le geste : pendant soixante-dix ans, Villeglé a décollé des murs de la ville les affiches lacérées par les passants, le temps et la pluie, puis les a signées telles quelles. Pas de peinture, pas de retouche. Juste le prélèvement d'un morceau de mur, encadré et appelé œuvre.

Ça peut sembler facile dit comme ça, et c'est tout le malentendu que l'expo s'amuse à défaire. Villeglé ne ramassait pas n'importe quoi. Il choisissait, il cadrait, il repérait dans un placard arraché une composition de couleurs que personne d'autre ne voyait. Il appelait ça "l'anonyme lacérateur", une façon maligne de dire que l'artiste, c'était un peu tout le monde et personne à la fois. Dans un Paris couvert d'affiches politiques, de pubs de cinéma et de concerts, il faisait de la poésie avec les restes. Et quand on sait qu'il a commencé ce travail en 1949, bien avant que le mot "street art" n'existe, on mesure à quel point le type avait de l'avance sur son époque.

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Le parcours est organisé par quartiers, de la porte Maillot à Saint-Germain-des-Prés en passant par Montparnasse et le Marais, et c'est là que le musée Carnavalet trouve sa vraie justification. On ne regarde pas seulement des tableaux, on relit la ville. Les affiches dialoguent avec des photos d'époque, des archives sonores et des documents jamais montrés, et le lien avec le street art d'aujourd'hui se fait sans forcer, puisque les colleurs et les graffeurs lui doivent beaucoup plus qu'ils ne l'imaginent.

Mon seul regret, c'est le format resserré, une petite trentaine d'œuvres quand le personnage aurait mérité un plus grand déballage. Mais à 15 euros le billet, pour une heure passée à redécouvrir Paris par ses murs déchirés, on ne va pas bouder. C'est le genre de visite qui change votre façon de regarder le prochain abribus vandalisé. Et rien que pour ça, Villeglé a gagné.

Crédit photo : Musée Carnavalet - Histoire de Paris / Paris Musées