Vous ne connaissez sans doute pas Gustave Fayet, et c'est précisément ce que la Fondation Louis Vuitton veut corriger jusqu'au 8 mars 2027. Cet homme, mort en 1925, fut l'un des flaireurs les plus sûrs de son temps. Peintre lui-même, céramiste, créateur de tapis et de papiers peints, il a surtout acheté, très tôt, ce que presque personne ne voulait encore regarder.

L'exposition s'appelle "Gustave Fayet, collectionneur et créateur". Elle occupe tout le bâtiment de Frank Gehry avec 728 œuvres et documents, en deux temps. D'abord le collectionneur, ensuite l'artiste. Le premier volet, c'est le choc.

Fayet a réuni dix Van Gogh, soixante-dix-huit Gauguin, quatre-vingt-six Redon. Des chiffres qui donnent le vertige quand on sait qu'il achetait ces toiles à une époque où elles ne valaient presque rien. La pièce qui va faire la queue avenue du Mahatma Gandhi, c'est l'Autoportrait à l'oreille bandée et à la pipe de Van Gogh, qu'on n'avait plus vu en France depuis 1937. Rien que pour lui, le détour se justifie.

Gauguin n'est pas en reste. Le Christ jaune, le Portrait de l'artiste au Christ jaune et Le Calvaire breton sont réunis pour la première fois dans le pays. Du côté d'Odilon Redon, ami intime de Fayet, on retrouve Le Jour, La Nuit et Le Silence, longtemps restés loin des regards. Et il y a aussi Cézanne, Degas, Renoir, Matisse, Toulouse-Lautrec, Bonnard. Un best-of de la peinture moderne accroché dans les mêmes salles.

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Pour prolonger la visite et garder les toiles de la collection Fayet sous la main, ce beau livre reste une valeur sure.

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Ce qui touche, dans cette histoire, c'est que Fayet n'était pas qu'un acheteur fortuné. Il peignait, il décorait, il a transformé la bibliothèque de l'abbaye de Fontfroide, achetée en 1908, en un décor total confié à Redon. Le second volet lui rend justice sur ce terrain. Ses propres toiles ne pèsent quand même pas lourd face aux Gauguin accrochés deux salles plus loin, mais bon, l'homme avait l'œil, c'est l'essentiel.

La scénographie est signée Robert Carsen, un homme de théâtre qui sait éclairer un tableau comme une scène. Comptez dix-huit euros le billet plein tarif, et prévoyez du temps. Avec un accrochage pareil, on n'expédie pas la visite en quarante minutes.

Si vous aimez cette période, foncez. C'est l'une des plus belles réunions de chefs-d'œuvre qu'on verra à Paris cette saison, et le genre d'occasion qui ne se représente pas de sitôt.

Crédit photo : Fondation Louis Vuitton