
Il y a deux ans, Romance avait fait basculer les cinq Irlandais dans une autre catégorie. On parlait encore d’eux comme des chouchous de la critique rock, et les voilà remplissant des stades, en tête des sondages du groupe le plus en vue de sa génération. Alors forcément, on les attendait au tournant. La question qui traînait, c’était de savoir ce qu’on fait d’un succès pareil quand on s’appelle Fontaines D.C. et qu’on déteste se répéter.
La réponse est sortie le 16 octobre chez XL Recordings, elle s’appelle Dopamine Chamber, et elle ne ressemble à rien de ce qu’ils avaient fait avant. Produit par James Ford, ce cinquième disque troque la fureur post-punk des débuts pour un bain de synthés froids, des textures qui grincent, une ambiance de film d’angoisse. Onze titres, de Six Shot Morning à Intimate, qui vous saisissent plus qu’ils ne vous séduisent. C’est le genre d’album qu’on écoute la nuit, lumières éteintes, sans trop savoir si on doit danser ou s’inquiéter.
Le meilleur moment arrive au milieu, avec Where Is Gone?, où ROSALÍA vient poser sa voix sur un morceau qui flotte entre deux mondes. C’est beau, c’est bizarre, ça ne ressemble à aucun featuring calibré pour les playlists. Grian Chatten, le chanteur, continue d’écrire des textes qui parlent de vide, de dépendance, de ce que notre époque fait à nos cerveaux saturés de notifications. Le titre du disque, cette chambre à dopamine, résume assez bien le propos.
Pour juger sur pièce, le disque s’écoute en entier ici :
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La presse anglo-saxonne s’est enflammée. The Guardian a mis la note maximale en les sacrant meilleur groupe de leur génération, DIY aussi, et la moyenne des critiques tourne autour de 85 sur 100. On comprend l’emballement. Ce que le groupe réussit, c’est muer complètement sans se renier, garder cette tension sous la peau qui faisait déjà tout le prix de leurs premiers morceaux.
Un bémol quand même, et il est de taille selon votre humeur du moment. Dopamine Chamber ne se donne pas facilement. Il n’y a pas de tube immédiat qui vous accroche à la première écoute, pas de refrain qu’on fredonne sous la douche. Il faut y revenir, le laisser infuser, accepter qu’il vous mette un peu mal à l’aise.
Si vous aimez les disques qui dérangent avant de convaincre, foncez. Si vous cherchiez juste le nouveau Romance, prévenez-vous : ce n’est pas ça du tout, et c’est tant mieux.
Crédit photo : Fontaines D.C. / XL Recordings





