Depuis ce 4 novembre, Didier Bourdon tient dans Un bon patron un rôle que beaucoup n'auraient pas parié le voir endosser un jour : celui que Javier Bardem incarnait dans El buen patrón, la comédie grinçante de Fernando León de Aranoa sortie en 2021. Là-bas, le film avait tout raflé. Six Goyas, dont meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur et meilleur scénario, sur un record de vingt nominations. Autant dire que reprendre ça n'est pas rien.
Le pitch reste le même, transposé à la française. Antoine Blanchet dirige une fabrique familiale de balances héritée de son père, et il se verrait bien décrocher un prix d'excellence local. Problème, en quelques jours, tout se met à dérailler autour de lui, et notre bon patron va employer des méthodes de moins en moins avouables pour que sa petite entreprise garde une façade impeccable. Le personnage se croit généreux, bienveillant, presque paternel avec ses employés. C'est précisément là que le film plante son couteau : derrière le sourire du chef qui appelle tout le monde par son prénom, il y a un type prêt à beaucoup pour sauver les apparences.
Derrière la caméra, Philippe de Chauveron, celui de Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu. Il a mis cinq ans à récupérer les droits et à réécrire l'histoire avec Guy Laurent. Et il s'est offert un joli cadeau au casting : Catherine Frot dans le rôle de l'épouse, soit des retrouvailles avec Bourdon un quart de siècle après Sept ans de mariage. Jean-François Cayrey, François Levantal et Ludmilla Von Claer complètent le tableau, pour 1h27 au compteur.
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Le vrai enjeu, si vous voulez mon avis, c'est le ton. L'original espagnol était une satire au vitriol du patronat, de celles qui mordent vraiment. Chauveron, lui, vient de la comédie populaire qui rassemble les familles au réveillon. Tout le sel du projet tient dans cette tension : est-ce qu'il a gardé le fiel, ou est-ce qu'il a arrondi les angles pour ne vexer personne ? Bourdon dans un registre un peu moins rigolard que d'habitude, ça peut donner quelque chose de vraiment étonnant, ou se diluer dans la gentille comédie sociale sans aspérité.
Sur le papier, le casting et le sujet valent largement le déplacement. La vraie question, en salle, c'est de quel côté va pencher la balance. Vous irez vérifier ?
Crédit photo : UGC Distribution




