Elle a peint pendant plus de quarante ans à Paris, exposé quatre fois aux côtés de Degas, Monet et Pissarro entre 1879 et 1886, et pourtant aucun musée national français ne lui avait jamais consacré de vraie rétrospective. C'est réparé. Jusqu'au 31 janvier 2027, le musée d'Orsay présente « Mary Cassatt. L'indépendante », la première exposition française entièrement dédiée à cette Américaine qui fut la seule femme, et la seule étrangère, du noyau impressionniste.
Le timing n'est pas un hasard : Cassatt est morte en 1926, l'exposition tombe pile pour le centenaire. Orsay a monté le projet avec la National Portrait Gallery de Londres et le Museum of Fine Arts de Boston, et a réuni près de quatre-vingts œuvres, peintures, pastels et estampes, dont beaucoup n'avaient quasiment jamais quitté les réserves. Huit sections, un fil rouge affiché dès le titre : l'indépendance. Celle de la femme, celle de l'artiste.
Et ça n'a rien d'un slogan rajouté après coup. Cassatt vivait seule, refusait le mariage, gagnait sa vie avec ses toiles, ce qui en 1880 n'allait pas franchement de soi. « Je suis indépendante ! Je peux vivre seule et j'adore travailler », disait-elle. Elle a fini militante pour le droit de vote des femmes, organisant même une exposition à New York en 1915 pour financer la cause.
Pour prolonger la visite, la monographie d'Isabelle Enaud-Lechien retrace tout le parcours de l'artiste :
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On la range souvent dans la case « peintre des mères et des enfants », et c'est vrai qu'elle a sublimé ce sujet comme personne, loin de la mièvrerie attendue. Mais la réduire à ça serait passer à côté. Orsay montre aussi la graveuse de génie, celle qui s'empare de l'estampe japonaise pour la réinventer, et ressort même sa fresque monumentale « Modern Woman », quatre mètres sur dix-huit peinte pour l'Exposition universelle de Chicago en 1893, aujourd'hui disparue et restituée ici en numérique.
Si vous voulez mon avis, c'est l'expo à ne pas rater cet automne. Pas seulement parce qu'elle est belle, elle l'est, mais parce qu'elle remet à sa place une artiste qu'on a trop longtemps regardée comme la petite protégée de Degas. Comptez de quoi flâner, les salles sont denses et ça vaut le coup de s'y attarder. Et vous, Cassatt, vous la connaissiez vraiment ?
Crédit photo : Mary Cassatt, The Child's Bath (Art Institute of Chicago, domaine public via Wikimedia Commons)




