
Il aura fallu attendre cent ans après sa mort pour que la France lui offre une vraie rétrospective. Le musée d’Orsay répare l’oubli à partir du 6 octobre, et jusqu’au 31 janvier 2027.
Mary Cassatt, née à Pittsburgh en 1844, morte en 1926, a pourtant été l’un des piliers du groupe impressionniste. Seule Américaine du cercle, invitée par Degas en personne, elle a exposé aux côtés de Monet, Renoir et les autres. Et jamais un musée national français ne lui avait consacré un grand accrochage. Il était temps.
Le titre de l’expo dit tout, « Le choix de l’indépendance ». Quatre-vingts œuvres, peintures, pastels et estampes, prêtées par de grandes collections dont le Museum of Fine Arts de Boston, le tout monté avec la National Portrait Gallery de Londres. On y suit une femme qui a refusé le mariage, refusé le salon officiel, refusé qu’on lui dicte sa carrière, à une époque où une peintre de bonne famille n’était au mieux qu’une amatrice.
Ce qu’elle peint, du coup, c’est son monde. Des mères avec leurs enfants, des femmes à la loge du théâtre, une tasse de thé l’après-midi. Rien de spectaculaire sur le papier. Sauf que Cassatt transforme ces scènes domestiques en manifestes discrets. Sa spectatrice à l’opéra ne regarde pas la scène, elle se sait regardée, et tout le rapport de force de l’époque tient dans ce simple décalage de regard.
Pour prolonger la visite, la monographie d’Isabelle Enaud-Lechien retrace toute sa carriere parisienne.
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Il y a aussi ses estampes, et c’est peut-être le plus beau du parcours. Après avoir découvert les gravures japonaises à Paris en 1890, elle s’est lancée dans une série d’eaux-fortes en couleurs d’une modernité folle. Aplats, lignes nettes, cadrages coupés. Personne ne faisait ça comme elle à l’époque.
Orsay ressuscite même numériquement son grand décor « Modern Woman », peint pour l’Exposition universelle de Chicago en 1893 puis perdu. Une fresque féministe avant l’heure, où des femmes cueillent les fruits de la connaissance. Disparue depuis plus d’un siècle, on la revoit enfin, reconstituée pixel par pixel.
Si vous voulez mon avis, c’est l’expo à ne pas rater cet automne. Pas seulement parce que Cassatt peint magnifiquement, mais parce qu’on en sort en se demandant comment on a pu la laisser aussi longtemps dans l’ombre des hommes. Elle valait bien mieux qu’un strapontin dans l’histoire de l’art.
Crédit photo : Mary Cassatt / Museum of Fine Arts, Boston (domaine public via Wikimedia Commons)





