Culture

Zviaguintsev revient après huit ans de silence avec Minotaure, qui repart de Cannes avec le Grand Prix et part défendre la France aux Oscars

posted by Vincent 12 octobre 2026
Scène de famille dans le film Minotaure d'Andreï Zviaguintsev

Andreï Zviaguintsev n’avait plus tourné depuis Faute d’amour, en 2017. Huit ans de silence pour l’un des plus grands cinéastes russes vivants, celui de Léviathan et du Retour. Il revient dans les salles le 14 octobre avec Minotaure, et le film n’est pas rentré de Cannes les mains vides : Grand Prix du dernier festival, rien que ça.

Le point de départ paraît presque classique. Russie, 2022. Gleb, chef d’entreprise qui a réussi, vit avec sa femme Galina et leur fils adolescent dans une ville de province, au bord de l’eau. Tout semble en place. Et puis la mobilisation commence, les ennuis professionnels s’accumulent, et cette vie soigneusement construite se met à craquer de partout avant de basculer dans la violence.

Ce qui intrigue, c’est la source. Minotaure est une relecture de La Femme infidèle, le film de Claude Chabrol sorti en 1969. Un drame conjugal bourgeois des années 60 transposé dans la Russie de Poutine en pleine guerre : sur le papier, le grand écart est vertigineux. Zviaguintsev s’en sert pour faire ce qu’il fait depuis toujours, scruter son pays à travers une famille qui se délite. Le couple qui s’effondre, c’est aussi une société entière qui perd ses repères.

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Le réalisateur a quitté la Russie après l’invasion de l’Ukraine, et ça se sent dans chaque plan. La mobilisation des hommes, les choix impossibles, la peur qui s’installe par petites touches. Le film est d’ailleurs une coproduction France-Allemagne-Lettonie, tourné loin de Moscou. Pas franchement un hasard.

Il faut quand même prévenir : on est sur 2h15 de cinéma exigeant, lent, glaçant, avec la mise en scène clinique et les grands cadres fixes qui font la signature du bonhomme. Ceux qui ont trouvé Léviathan plombant risquent de retrouver la même rigueur. Mais pour qui accepte d’entrer dedans, c’est une des œuvres les plus fortes de l’année, portée par Dmitri Mazourov et Iris Lebedeva, impressionnants de retenue.

Le signe qui ne trompe pas : la France a choisi Minotaure pour la représenter à l’Oscar du meilleur film international en 2027. Un cinéaste russe qui porte les couleurs françaises avec une adaptation de Chabrol, voilà qui résume assez bien l’époque. À voir en salle, de préférence quand on a l’esprit solide.

Crédit photo : Les Films du Losange

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