
Il avait disparu des radars depuis Faute d’amour en 2017, et son silence commençait à inquiéter. Le voilà de retour, et pas par la petite porte : Minotaure, sorti dans nos salles le 14 octobre, a raflé le Grand Prix au dernier Festival de Cannes. La France l’a même choisi pour la représenter aux Oscars 2027, ce qui en dit long sur la confiance qu’on lui accorde.
L’histoire tient dans un mouchoir. Gleb dirige une entreprise qui marche, mène une vie bien rangée, possède tout ce qu’un homme est censé vouloir. Et puis il découvre que sa femme Galina le trompe. On est en Russie, en 2022, avec la guerre en Ukraine qui gronde en arrière-plan. À partir de cette banale affaire d’adultère bourgeois, Zviaguintsev construit lentement une bascule vers la violence, et tout son petit monde si bien ordonné se met à craquer.
Les cinéphiles reconnaîtront la trame : c’est une relecture de La Femme infidèle, le film de Claude Chabrol de 1969. Sauf que là où Chabrol scrutait la bourgeoisie française, le Russe se sert du cocu jaloux comme d’une métaphore glaçante de son pays en guerre. Une société privée de lois, de règles, de limites, finit mécaniquement par fabriquer des monstres. Le Minotaure du titre, c’est un peu tout ça à la fois.
En attendant Minotaure en vidéo, (re)plongez dans Léviathan, le chef-d’oeuvre qui a imposé Zviaguintsev.
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Sur la forme, on retrouve ce qui fait sa signature : des plans d’une rigueur implacable, une lenteur qui installe le malaise plutôt que l’ennui, un sens du cadre qui fait de chaque pièce une cage. Dmitri Mazourov, Iris Lebedeva et Boris Koudrine portent cette tension sourde avec une justesse qui ne force jamais. La presse française a suivi, avec des notes qui frôlent le sans-faute.
Deux heures vingt, c’est long, et il faut le dire franchement : ce n’est pas un film qu’on regarde d’un œil distrait. Zviaguintsev demande de la patience, un peu d’abandon aussi. Mais ceux qui acceptent le contrat en ressortent rarement indemnes. On pense au cinéma, et pendant plusieurs jours ensuite on y repense, ce qui est quand même le signe des œuvres qui comptent.
Si vous avez aimé Léviathan ou Faute d’amour, foncez sans hésiter. Si vous découvrez Zviaguintsev, c’est une porte d’entrée exigeante mais magistrale. Dans les deux cas, prévoyez juste de quoi digérer.
Crédit photo : Les Films du Losange





