Le Femina 2026 est tombé mercredi 4 novembre, et il revient à Yannick Haenel pour La solitude des professeurs est infinie, paru chez Gallimard fin août. Un titre long comme un soupir de fin de journée, et qui dit déjà presque tout.
Haenel n'est pas un débutant. Interallié en 2009, Médicis en 2017 pour Tiens ferme ta couronne, le bonhomme traîne depuis vingt ans une œuvre exigeante, hantée par les grandes figures de la littérature et de l'art. Cette fois, il descend dans une salle de classe. Et ça change tout.
Le roman suit Jean Deichel, son double de papier qu'on croise déjà dans ses livres précédents, pendant ses premières années d'enseignement dans un collège de Mantes-la-Jolie. 320 pages, 21,50 euros, une matière que l'auteur connaît de l'intérieur puisqu'il a lui-même tenu la craie avant d'en vivre. Ça se sent à chaque paragraphe.
Le vrai moteur du livre, Haenel l'a dit lui-même, c'est l'assassinat de Samuel Paty puis celui de Dominique Bernard. Il a voulu écrire sur cette solitude-là, celle du prof qu'on laisse seul face à sa classe et face au reste. Le quotidien qu'il raconte n'a rien d'héroïque. C'est l'épuisement qui s'installe, les emplois du temps gonflés à craquer, la violence de certains élèves, et cette lâcheté de la hiérarchie qui regarde ailleurs quand il faudrait tenir bon. Du bois dont on fait les cauchemars des salles des profs.
Le roman primé, à lire chez soi :
La solitude des professeurs est infinie - Yannick Haenel → voir sur AmazonLien affilié Amazon
Sauf que voilà, ce n'est pas un pamphlet larmoyant sur l'école qui va mal. C'est un récit initiatique, traversé d'une vraie poésie, une déclaration d'amour à la littérature et à la transmission. Le livre est sombre, oui, mais il reste convaincu que lire et enseigner sauvent encore quelque chose. C'est ce mélange qui lui a valu le prix, et qui le place loin au-dessus du simple document sociologique.
Le même jour, le Femina étranger est allé à l'Américaine Laura Kasischke et l'essai à Jennifer Tamas. Haenel, lui, figurait aussi dans la dernière sélection du Goncourt, finalement raflé par Philippe Jaenada. Deux consolations plutôt qu'une.
À lire si les histoires de vocation qui s'abîme vous parlent, et si vous avez envie, pour une fois, de regarder un métier qu'on résume trop souvent à ses vacances. Moi, je garde une pensée pour tous les profs qui liront ça en corrigeant des copies un dimanche soir.
Crédit photo : Gallimard



