Vianney est de retour ce 6 novembre avec Les Évadés, son cinquième album, et c'est sans doute le plus personnel qu'il ait jamais signé. Onze titres, et une méthode de fabrication qui tranche radicalement avec l'époque.
Pas d'ordinateur. Rien. L'artiste a tout enregistré en analogique, sur bande, avec un vieux magnétophone huit pistes, dans une cabane de 16 m² qu'il a construite de ses mains. Certaines « versions cabane » brutes sont restées telles quelles sur le disque, d'autres ont été reprises en studio avec de vrais musiciens. Le résultat, c'est un grain chaud, des violons qui se glissent entre la guitare acoustique, et une matière sonore qu'on n'entend plus beaucoup aujourd'hui.
Derrière ce retour au rudimentaire, il y a surtout une histoire de reconstruction. On le sait, Vianney s'était mis en retrait de la lumière ces dernières années. Le titre « J'ai menti » revient d'ailleurs sans détour sur ce mal-être qu'il a longtemps caché derrière son sourire de bon copain de la chanson française. C'est le genre d'aveu qui change la façon d'écouter le reste.
Le reste, justement, parle beaucoup de transmission. Deux chansons s'adressent directement à ses enfants, et le disque ne se contente pas de tourner autour de son nombril : il y est aussi question de guerre et des violences faites aux femmes. Vianney élargit son horizon, et ça lui va plutôt bien.
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Le single « D'or et d'étain » donne le ton de l'ensemble : lumineux, mélancolique, apaisé. On est loin des tubes imparables formatés pour la radio. C'est un album qui prend son temps, qui respire, et qui assume une forme d'imperfection revendiquée.
Alors oui, ceux qui attendaient le prochain « Je m'en vais » à fredonner en boucle risquent d'être un peu déçus. Les Évadés demande qu'on s'assoie et qu'on écoute, ce n'est pas une playlist de fond. Mais pour qui accepte ce contrat, c'est un très beau disque, sincère, et débarrassé de l'esbroufe habituelle de la pop française.
Si vous voulez mon avis, c'est le disque d'un artiste qui a arrêté de jouer un rôle. Vianney avait tout pour continuer sur la facilité, il a choisi la cabane et la bande magnétique. Rien que ce geste-là mérite qu'on tende l'oreille.
Crédit photo : Tôt ou Tard




