Depuis le 4 novembre, Wild Bunch remet en salle Si tu tends l'oreille, le film que le Studio Ghibli a réalisé en 1995 et qui n'avait jamais eu droit à une vraie carrière française au cinéma. La copie a été restaurée en 4K, image corrigée plan par plan, couleurs réétalonnées pour coller à l'intention d'origine. Autant vous le dire tout de suite, c'est l'occasion de découvrir, ou de revoir, un des Ghibli les plus doux et les plus sous-estimés.
Un mot sur celui qui l'a signé. Pas Miyazaki, qui n'a fait ici que le scénario et le story-board, mais Yoshifumi Kondō, son dessinateur de confiance, celui que le studio voyait comme son héritier. Ce sera son seul long-métrage. Kondō est mort en 1998, à 47 ans, d'une rupture d'anévrisme, et beaucoup au Japon ont lié cette disparition à la cadence de travail de l'époque. Du coup ce film prend une couleur un peu particulière, comme une promesse restée en suspens.
L'histoire tient à presque rien. Shizuku, 14 ans, dévore les romans de la bibliothèque de son collège et remarque qu'un certain Seiji Amasawa a emprunté les mêmes livres qu'elle avant elle. Elle finit par tomber sur le garçon, apprenti luthier, décidé à partir se former en Italie. Lui sait déjà ce qu'il veut faire de sa vie. Elle, non, et ça la ronge. Alors elle se lance dans l'écriture d'un roman, juste pour voir si elle en est capable.
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Ce qui m'épate encore, c'est le refus total de la facilité. Pas de magie, pas de monstre, pas de grand méchant. Juste une ado de banlieue tokyoïte qui doute, qui bosse, qui rate, et un adulte bienveillant qui lui dit en substance qu'un talent brut, ça se taille comme une pierre. La séquence où elle reprend Country Roads de John Denver en japonais, entourée de musiciens improvisés, reste un des sommets de tendresse du studio.
Alors oui, c'est lent, et la mièvrerie guette par moments. Les amateurs de Ghibli flamboyant, ceux de Mononoké ou de Chihiro, risquent de trouver ça bien sage. Mais si vous avez un jour douté de votre droit à créer quelque chose, ce film vous parlera comme peu d'autres. Sur grand écran, en 4K, le détour en vaut la peine.
Crédit photo : Wild Bunch Distribution


