
Il fallait un certain culot pour retoucher Raison et sentiments. La version d’Ang Lee, en 1995, avec Emma Thompson au scénario, Kate Winslet à fleur de peau et Hugh Grant en amoureux transi, était devenue une sorte d’étalon-or de l’adaptation Austen. Georgia Oakley, révélée par le beau Blue Jean, s’y attaque quand même, et sort son film ce 23 septembre chez Universal.
L’histoire, vous la connaissez peut-être. À la mort de leur père, Elinor et Marianne Dashwood se retrouvent déclassées, poussées hors du domaine familial, obligées de composer avec l’argent qui manque et des sentiments qui, eux, ne manquent pas. L’une raisonne, l’autre s’emballe. Tout Austen tient dans cet écart-là.
Le pari de Georgia Oakley, c’est de tourner le dos au faste. Là où Ang Lee soignait chaque plan comme un tableau, elle choisit le naturalisme : décors sobres, maquillage discret, lumière qui ne cherche pas la carte postale. On sent une vraie ambition littéraire derrière ce dépouillement, l’envie de rendre le texte plutôt que le costume. Diana Reid signe l’adaptation, et elle recentre franchement le récit sur la sororité, sur ce lien entre deux femmes qui n’ont plus qu’elles-mêmes pour tenir debout.
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Le casting aide beaucoup. Daisy Edgar-Jones campe une Elinor tout en retenue, celle qui encaisse sans rien montrer, et Esmé Creed-Miles lui donne la réplique en Marianne à vif, entière, un peu casse-cou. Autour d’elles, on retrouve Caitríona Balfe en mère, George MacKay en Edward Ferrars et Fiona Shaw, toujours parfaite, en Mrs Jennings. Ça respire le soin.
Est-ce que ça surpasse Ang Lee ? Non, et ce n’est sans doute pas le but. Le film accuse quelques longueurs sur ses 2 h 13, et deux ou trois scènes appuient un peu trop leur effet, comme si Oakley craignait qu’on rate la charge sociale, cette critique de classe et de patriarcat qui court sous le romanesque. On aurait aimé un peu plus de confiance dans la sobriété qu’elle défend par ailleurs.
Reste un très joli film, juste dans ses portraits, qui fait le pari de l’émotion contenue plutôt que du grand mélo. Si vous aimez Austen, la peinture des sentiments empêchés et les histoires de sœurs qui se serrent les coudes, c’est clairement pour vous. Les allergiques au marivaudage en corset, eux, resteront dehors, et c’est très bien comme ça.
Crédit photo : AlloCine / Universal Pictures





