Le Médicis adore les objets littéraires qui ne ressemblent à rien, et cette année il s'est trouvé un candidat parfait. Lundi 2 novembre, au restaurant La Méditerranée à Paris, le jury a couronné Philippe Vasset pour Dans les grandes lignes, paru chez Flammarion fin août. C'est le quatorzième livre de cet auteur, et l'un des plus bizarres de la rentrée, dans le bon sens du terme.

De quoi ça parle ? De lignes à haute tension. Oui, ces gros pylônes métalliques qu'on regarde défiler par la vitre du train sans jamais y penser. Vasset, lui, a décidé de les suivre à pied, de les prendre comme un fil d'Ariane et de remonter le réseau électrique français jusqu'à ses frontières. Sur le papier, le programme a de quoi faire fuir. Dans les faits, c'est tout l'inverse.

Parce que ces câbles traversent des paysages que personne ne regarde, des zones de relégation, des champs, des bouts de forêt coincés sous des milliers de volts. L'auteur y croise des gens, des bêtes, des histoires, et surtout il met le doigt sur ce qu'il appelle les enjeux invisibles de l'électricité. On branche, la lumière s'allume, et on oublie complètement ce que ça suppose comme territoire sacrifié derrière. C'est un livre d'arpentage autant qu'un livre de pensée, et c'est exactement le genre d'angle mort que la littérature sait éclairer mieux que personne.

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Le roman couronné par le Médicis, à glisser dans votre pile de lectures d'automne :

Dans les grandes lignes, Philippe Vasset (Flammarion) → voir sur Amazon

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Le vote a été serré, cinq voix contre quatre face à Lucie Rico et son très réussi Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? chez P.O.L. Autant dire que le jury a hésité, et ça se comprend.

Le même jour, le Médicis étranger est allé à la Catalane Eva Baltasar pour Déclin et fascination (Verdier), le récit sec et tendu d'une femme qui dégringole de son emploi à des ménages et une coloc sans chauffage. Et le prix de l'essai a distingué Jean-Baptiste Del Amo pour Une éclaircie (Stock), une nuit d'introspection madrilène sur les traces de Goya.

Un beau trio, honnêtement. Mais c'est bien Vasset qu'on a envie de glisser dans son sac tout de suite. Si vous aimez les livres qui transforment un truc moche et fonctionnel en véritable aventure mentale, foncez. Vous ne regarderez plus jamais un pylône de la même façon.

Crédit photo : Flammarion