
Pendant longtemps, quand on parlait de peinture espagnole du XVIIe siècle, trois noms revenaient en boucle: Velázquez, Murillo, Ribera. Francisco de Zurbarán, lui, restait au deuxième rang. Respecté, cité dans les manuels, mais rarement montré en grand. Le Louvre répare ça du 7 octobre 2026 au 25 janvier 2027, avec une rétrospective qui réunit 65 œuvres, dont une cinquantaine de sa propre main.
C’est beaucoup, pour un peintre dont les toiles voyagent peu. L’exposition, montée avec la National Gallery de Londres et l’Art Institute de Chicago, a dû faire sortir des tableaux monastiques qui dorment d’habitude dans des sacristies andalouses. Rien que pour ça, l’occasion est rare.
Zurbarán, c’est d’abord le peintre des moines. Des chartreux, des mercédaires saisis en pleine prière, drapés dans des robes blanches qu’il peint comme personne. Ses blancs sont une leçon: il empile les nuances, du crème au gris perle, jusqu’à ce que l’étoffe semble tenir toute seule dans le noir. Le fond, chez lui, est presque toujours une nuit. La lumière tombe de côté, dure, et taille les visages au ciseau.
On parle beaucoup de son clair-obscur, et à raison. Mais ce qui frappe aujourd’hui, c’est le silence. Ses personnages ne gesticulent pas, ne cherchent pas à vous arracher une larme. Ils sont là, posés, d’une présence un peu têtue. Sainte Casilda, vers 1635, avance avec ses roses dans le tablier et vous regarde à peine. Cette économie de moyens a tapé dans l’œil des modernes: Manet lui doit beaucoup, et Picasso s’en est souvenu.
Pour prolonger la visite, le catalogue officiel de l’exposition reunit ses grandes commandes monastiques, ses portraits et ses natures mortes.
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Le parcours se découpe en sept sections, chronologiques et thématiques à la fois, et c’est plutôt bien vu. On suit le peintre de ses grandes commandes pour les couvents jusqu’à ses natures mortes, ces quelques tasses et coings posés sur une table nue qui comptent parmi les plus beaux objets jamais peints. Là-dessus, il tient tête à n’importe qui.
Le seul reproche qu’on pourrait lui faire, c’est de se répéter parfois, à enchaîner les saintes et les moines de commande. Mais à cette échelle, avec cette qualité de prêts, on pardonne volontiers.
Si vous aimez la peinture qui prend son temps et ne cherche pas à vous séduire à tout prix, foncez. C’est le genre d’exposition dont on ressort plus calme qu’on y est entré.
Crédit photo : Francisco de Zurbaran / Museo Thyssen-Bornemisza (domaine public)





