
Depuis le 7 octobre, le Louvre a installé dans le Hall Napoléon sa grande affaire de l’automne : Francisco de Zurbarán. Jusqu’au 25 janvier, près de soixante-cinq toiles d’un maître espagnol du XVIIe siècle qui, chose folle, n’avait encore jamais eu droit à une vraie rétrospective en France. La première. Pour un peintre de cette envergure, c’est quand même étonnant.
Petit rappel pour situer. Zurbarán, c’est Séville, l’Andalousie, les années 1598 à 1664. L’époque du Siècle d’or espagnol, celle de Velázquez, son contemporain et presque voisin d’atelier. Lui s’est surtout fait une spécialité : peindre des moines. Des moines en robe blanche, plongés dans une lumière qui semble sortir de nulle part, comme posés contre un mur de nuit.
C’est là que l’exposition devient intéressante. Sept sections thématiques déroulent l’œuvre sans jamais la lisser : les grandes commandes monastiques d’Andalousie, forcément, mais aussi des portraits et surtout ses natures mortes, d’une sobriété à tomber. Quelques tasses, des fruits, une étoffe posée là. Trois fois rien, et pourtant on ne décroche pas.
Pour prolonger la visite à la maison, ce beau livre réunit les toiles majeures du peintre sévillan.
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Pour réunir tout ça, le Louvre n’a pas fait les choses à moitié. L’expo est montée avec la National Gallery de Londres et l’Art Institute de Chicago, sous le commissariat de Charlotte Chastel-Rousseau. Ça explique la présence de tableaux qu’on ne voit presque jamais sortir de leurs musées, prêtés le temps d’une saison.
Longtemps, Zurbarán a traîné une réputation un peu plombante : le peintre austère, le mystique sévère, l’homme des couvents et du clair-obscur hérité de Caravage. Et c’est vrai qu’il y a de ça. Sauf que voilà, le XXe siècle l’a redécouvert pour une tout autre raison : sa couleur, sa matière, cette façon très personnelle de bâtir une image avec presque rien. On ressort de là en se demandant pourquoi on l’avait rangé au rayon des peintres tristes.
Alors oui, il faut aimer la peinture religieuse, ou au moins accepter de la regarder autrement que comme un cours de catéchisme. Mais si vous passez par le Louvre cet automne, ne zappez pas le Hall Napoléon. Zurbarán ne fait pas de bruit, il n’a pas le clinquant d’un Velázquez. Il infuse, lentement. Et c’est précisément pour ça qu’on y revient.
Crédit photo : Francisco de Zurbarán / Wikimedia Commons (domaine public)





