Il y a des romans qu'on croit avoir lus sans jamais les avoir ouverts. Le Fantôme de l'Opéra, de Gaston Leroux, fait partie de ceux-là. Entre la comédie musicale d'Andrew Lloyd Webber et le vieux film muet de 1925, on a l'impression de connaître l'histoire par cœur. Alexandre Castagnetti remet pourtant le masque sur la table avec une version française sortie le 28 octobre, et un budget de 20 millions d'euros qui se voit à l'écran.
L'intrigue, vous la devinez un peu. Anastasia, jeune danseuse, entre dans le corps de ballet de l'Opéra Garnier. On y répète Orphée, un opéra réputé maudit, composé jadis par une présence qui rôde dans les sous-sols. Elle tombe sous le charme d'un pianiste aussi fascinant qu'insaisissable. Deva Cassel tient le rôle d'Anastasia, Julien De Saint-Jean celui du Fantôme, et Romain Duris campe le directeur artistique des lieux.
Visuellement, c'est une vraie réussite. Garnier filmé comme un écrin, des costumes somptueux, une lumière qui joue avec les lustres et les coulisses. Cineuropa parle d'un film à mi-chemin entre le thriller psychologique et l'histoire d'amour sombre, et on comprend l'intention : du gothique romantique pour un public jeune, loin du musée poussiéreux.
Avant ou après la salle, le roman de Gaston Leroux reste la meilleure porte d'entrée dans le mythe :
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Mais cette modernisation a un prix. Les producteurs ne s'en cachent pas, ils assument une inspiration Twilight, et ça se sent. Le frisson adolescent prend parfois le pas sur la densité du roman de Leroux. Une partie de la critique a tiqué, reprochant au film de choisir le vernis plutôt que le vertige, la belle image plutôt que le trouble. Deva Cassel, pour un premier grand rôle, s'en sort avec une présence indéniable, mais le scénario ne lui laisse pas toujours de quoi exister vraiment.
Du coup, on se retrouve devant un objet un peu bancal, et pas désagréable pour autant. Si vous cherchez une relecture exigeante du mythe, passez votre chemin, vous trouverez ça trop lisse. Si vous aimez les grandes romances décoratives, les opéras hantés et les histoires de masques, il y a largement pire comme soirée.
Moi je dirais que ça vaut le coup d'œil pour Garnier et pour l'ambiance, à condition de laisser Gaston Leroux au vestiaire. C'est beau, c'est un peu creux, et c'est exactement le genre de film qu'on regarde sans déplaisir en sachant très bien ce qu'on a entre les mains.
Crédit photo : AlloCiné / SND



