Depuis Le Fils de Saul et son Oscar en 2016, on savait László Nemes capable de filmer l'horreur au plus près du visage. Avec Moulin, sorti mercredi 28 octobre dans les salles françaises, il s'attaque à une figure que l'école et les timbres-poste ont figée dans le marbre. Et il la décadre complètement.

Oubliez le résistant inflexible des manuels. Le Moulin de Nemes, c'est Gilles Lellouche, et c'est un homme épuisé, traqué, qui a peur. Juin 1943, le chef de la Résistance tente de réunifier l'Armée secrète quand il est arrêté près de Lyon. Face à lui, Klaus Barbie, incarné par l'Allemand Lars Eidinger, impeccable de froideur. Deux heures quatorze de confrontation, de fuite et d'interrogatoire.

Le film était en compétition à Cannes au printemps. Nemes y reprend sa marque de fabrique: la caméra collée à la nuque, le hors-champ qui étouffe, un Lyon occupé transformé en labyrinthe digne d'Hitchcock. On ne voit jamais tout. On devine, on suffoque avec lui. C'est éprouvant, au sens le plus littéral.

Et c'est là que ça coince un peu. À force de serrer le cadre sur la torture et la terreur, Nemes finit par réduire Moulin à son supplice. On sort du film en ayant partagé sa douleur, mais sans vraiment comprendre ce qui a fait l'homme avant la cave. La presse est partagée, autour de 3,3 sur 5: certains saluent un thriller psychologique implacable, d'autres trouvent le portrait trop concentré sur le martyre.

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Lellouche, lui, est au-dessus de tout soupçon. Habitué aux gros bras et aux comédies populaires, il joue ici tout en retenue, en regards, en silences. C'est probablement son rôle le plus risqué, et il s'en sort avec une dignité qui serre la gorge.

Alors on y va ou pas? Si vous cherchez une leçon d'histoire rassurante avec la musique qui gonfle au bon moment, passez votre chemin. Moulin ne console pas, il met mal à l'aise, exprès. Mais c'est une proposition de cinéma, une vraie, qui refuse la facilité du bronze et du cocorico.

Pour ma part, je préfère un film qui me dérange et me laisse sans réponse à un biopic sage qui coche toutes les cases. Moulin fait clairement partie des premiers. À voir, donc, mais prévenus.

Crédit photo : Studio TF1