
Il y a une façon paresseuse de filmer Jean Moulin, et c’est celle qu’on nous sert depuis des décennies: le visage de bronze, l’écharpe, le chapeau, le martyr déjà changé en statue. László Nemes a fait exactement l’inverse.
Le réalisateur hongrois du Fils de Saul signe ici son premier film en français, et il arrive en salles le 28 octobre. Moulin était en compétition à Cannes au mois de mai, et le pari était casse-gueule: raconter non pas la légende, mais les dernières semaines d’un homme qu’on arrête, qu’on transporte, qu’on interroge et qu’on torture.
Juin 1943. Moulin tente de réunifier les réseaux de la Résistance sur ordre de de Gaulle. La trahison de René Hardy le fait tomber à Caluire, près de Lyon. À partir de là, Nemes braque sa caméra sur la mécanique: les transferts, les cellules, les bureaux, Klaus Barbie en face. Les deux tiers du film tiennent dans ce face-à-face.
Gilles Lellouche est la vraie trouvaille. On l’attendait en colosse, il joue un homme fragile, effrayé par sa propre faiblesse devant la douleur. Pas de héros qui bombe le torse. Un type qui tient, et qui a peur de ne pas tenir. Lars Eidinger lui donne la réplique en Barbie glaçant, administratif, presque poli. Louise Bourgoin et Félix Lefebvre complètent une distribution au cordeau.
Pour prolonger le film et séparer l’homme de la statue, la biographie de référence signée Jean-Pierre Azéma :
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Nemes filme le nazisme comme il l’avait fait dans Le Fils de Saul: une bureaucratie qui broie, des cadres qui enferment, une tension d’espionnage à la Hitchcock. Une scène de danse forcée, un plan final sur une locomotive, et les ponts avec la Shoah se dressent sans un mot.
Alors, le grand film? Pas tout à fait. On aurait aimé qu’il soit aussi audacieux du début à la fin, et il est par moments un peu sage, comme s’il craignait de trop en montrer. Une forme de pudeur, sans doute, mais qui rabote l’émotion.
Reste un biopic de Résistance qui ne ressemble à aucun autre, porté par un Lellouche qu’on n’avait jamais vu à ce point à nu. Si vous avez soupé des commémorations en costume, celui-là vous remettra Moulin dans le corps, pas sur une plaque de rue. En salles à partir du 28 octobre, pour 2h14 qui ne vous lâcheront pas.
Crédit photo : Studio TF1 / France Inter (affiche officielle)





