Sur le papier, c'est la pire idée du monde. Un trentenaire new-yorkais qui carbure aux soirées technos et à la fête apprend du jour au lendemain qu'il a un gamin de dix ans, Arlo, dont il ignorait tout. Vous avez déjà vu ce film quarante fois, avec la leçon de vie obligatoire et la musique de piano qui vous explique quand pleurer.
Sauf que voilà, Club Kid ne ressemble à aucun de ces films-là. Jordan Firstman, qui écrit, réalise et tient le rôle principal pour son tout premier long-métrage, prend ce point de départ archi-convenu et en fait quelque chose de bien plus malin. Son Peter ne récupère pas son fils pour les bonnes raisons, et le film ne cherche jamais à nous faire croire le contraire. C'est justement ce qui rend la relation crédible.
La grande affaire du film, c'est l'écriture. Firstman raconte surtout par ce qu'il ne montre pas, saute les étapes attendues et laisse le coup de foudre père-fils s'installer dans la complicité plutôt que dans les grandes scènes de larmes. Le petit Reggie Absolom est formidable face à lui, et Cara Delevingne s'amuse beaucoup en meilleure amie qui tient debout à la coke. Il y a de vraies fulgurances comiques, une avocate pro-LGBT fan de Drag Race, des dialogues qui fusent.
Pour plonger dans la vraie histoire des club kids new-yorkais qui a inspiré ce milieu, le film culte avec Macaulay Culkin reste une curiosité :
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Présenté à Un Certain Regard à Cannes en mai, le film y a récolté sept minutes d'ovation et une nomination à la Caméra d'or. La presse américaine l'a adoré, parfois un peu trop. Parce que tout n'est pas parfait. À force de tout réussir, Peter devient presque trop pur, et la tempête annoncée se dégonfle. Certaines scènes baignent dans les bons sentiments, le conte flotte un peu hors sol, et les vrais conflits restent en retrait. On aurait aimé que ça gratte davantage.
Mais bon, Firstman retombe sur ses pattes à la fin, en évitant aussi bien l'happy end impossible que le misérabilisme facile. Et son monologue sur l'amour qu'il porte à ce gosse est d'une sincérité désarmante.
Pour qui aime les comédies douces-amères qui parlent de famille sans dégouliner, qui préfèrent l'émotion vraie au chantage lacrymal, c'est une très jolie découverte. Un premier film qui transforme un postulat ringard en portrait tendre et drôle. Allez-y, vous ne le regretterez pas.
Crédit photo : Metropolitan FilmExport / A24




