Culture

Jaenada rouvre un fait divers de 1949 et rend enfin un visage à l’inconnue du quai de Javel

posted by Vincent 27 septembre 2026
Couverture du livre L'Inconnue du quai de Javel de Philippe Jaenada (Flammarion)

Septembre 1949, une femme est retrouvée morte sur le quai de Javel, à Paris. Pas de sac, pas de chaussures, les cheveux encore mouillés, le corps rhabillé à la va-vite avant d’être abandonné au bord de la Seine. Elle s’appelait Louise Cansot, elle avait été l’un des modèles les plus peints du Montparnasse des années folles, et personne n’a jamais été inquiété. L’affaire a fini classée, un nom de plus au fond d’un carton.

Philippe Jaenada rouvre ce carton dans L’Inconnue du quai de Javel, chez Flammarion, plus de cinq cents pages parues pour la rentrée et déjà retenues dans la première sélection du Goncourt. C’est sa méthode depuis La Petite Femelle et La Serpe : prendre un fait divers oublié, s’y enterrer pendant des mois, éplucher les archives judiciaires, retourner sur les lieux, et reconstituer patiemment ce que la justice de l’époque a bâclé.

Ce qui frappe cette fois, c’est jusqu’où il pousse le truc. Pour se glisser dans la peau d’un enquêteur, il a relu les soixante-quinze enquêtes de Maigret, histoire de piquer à Simenon sa façon d’observer les gens. Il a rejoué la scène du crime avec un volontaire. Il a même demandé un coup de main à ChatGPT et à Claude pour trier ses hypothèses. On sourit, et puis on comprend qu’il y a une vraie idée là-dessous : reconstituer une vie, c’est aussi un bricolage d’outils dépareillés.

L'Inconnue du quai de Javel, Philippe Jaenada (Flammarion)

Si l’enquête vous tente, le pavé de Jaenada est là :

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Le plaisir du livre, il est là. Jaenada raconte son enquête en même temps qu’il la mène, avec ses parenthèses interminables, ses digressions sur sa propre existence, son humour qui débarque toujours au pire moment. Sauf que sous la rigolade, il y a une obstination qui touche : redonner un visage, une histoire et un peu de dignité à une femme que tout le monde avait rangée dans la case victime anonyme.

Alors oui, cinq cents pages, ça se mérite, et si les longues balades de l’auteur autour du sujet vous agacent, vous risquez de décrocher en route. Mais si vous avez aimé ses précédents pavés, celui-ci fait franchement partie de ses meilleurs. C’est le genre de livre qu’on ouvre pour une enquête policière et qu’on referme en ayant surtout rencontré quelqu’un.

Crédit photo : Flammarion

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