
Il y a des films dont on ressort en se disant qu’on a vu une actrice se donner entièrement, et Garance, le quatrième long métrage de Jeanne Herry sorti en salles le 23 septembre, en fait clairement partie. On y suit une comédienne de théâtre parisienne, jeune, douée, drôle, qui glisse doucement dans la dépendance à l’alcool sur près de huit années. Et le film prend le temps de tout ça, sans raccourci.
Ce qui frappe d’abord, c’est le choix de Jeanne Herry de ne pas faire un film sur l’alcoolisme en général. Elle filme une femme, Garance, avec ses amis, son métier, sa famille, son histoire d’amour avec Pauline (Sara Giraudeau, très juste). Pas de personnage isolé qu’on regarderait de haut, pas de descente aux enfers façon documentaire édifiant. Garance rit, séduit, travaille, et boit. Les deux cohabitent, et c’est bien plus dérangeant comme ça.
Le montage joue beaucoup là-dessus. Herry procède par ellipses, saute des mois, et fait revenir le verre de vin comme un motif, presque un tic mécanique qui dit mieux que n’importe quel dialogue l’impossibilité de sortir de la boucle. La relation avec Pauline, d’ailleurs, n’est jamais présentée comme un remède miracle. Le film pose plutôt une question inconfortable : jusqu’où accompagner quelqu’un qu’on aime et qui se détruit ?
Si vous voulez découvrir le cinéma de Jeanne Herry, son film précédent avec la même Adèle Exarchopoulos est une belle porte d’entrée.
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Adèle Exarchopoulos, elle, est tout simplement remarquable. Elle passe de la vivacité mordante à l’effondrement sans jamais surjouer, sans le numéro d’actrice qu’on redoute parfois dans ce genre de rôle. La presse est unanime là-dessus, même quand elle a des réserves sur le reste. Et des réserves, il y en a. Le dernier tiers file un peu vite et verse dans un optimisme qui détonne avec la rigueur du reste. Certains ont trouvé que le film manquait de direction, qu’il montrait la vie de Garance sans toujours creuser. Ce n’est pas faux.
N’empêche que la moyenne tient : 3,5 sur 5 côté presse, 3,8 côté spectateurs sur Allociné, ce qui pour un sujet aussi casse-gueule reste très honorable. Présenté en compétition à Cannes en mai dernier, Garance dure 1h55 et ne cherche jamais à vous rassurer.
Si vous aimez les portraits d’actrices habitées et les films qui refusent le pathos, foncez. Si vous attendez une morale bien propre à la fin, vous risquez d’être un peu déçu. À vous de voir.
Crédit photo : StudioCanal





