Culture

Emmanuel Marre filme la collaboration par le petit bout de la lorgnette avec Notre Salut, et c’est le film français le plus dérangeant de la rentrée

posted by Vincent 10 octobre 2026
Affiche officielle du film Notre Salut d'Emmanuel Marre avec Swann Arlaud

Il y a des films qui vous mettent mal à l’aise pour les bonnes raisons. Notre Salut, sorti le 30 septembre, en fait partie. Emmanuel Marre y raconte la collaboration sous Vichy sans grande scène de procès ni musique tragique, juste à hauteur d’homme, et c’est précisément ce qui le rend redoutable.

L’histoire démarre en septembre 1940. Le régime de Pétain s’installe. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans un sou, loin de sa femme et de ses enfants, avec sous le bras un petit traité politique sur l’art de « gagner en efficacité ». Son plan est simple : se rendre utile au nouveau pouvoir, se refaire une place, exister. Pas un idéologue fanatique, non. Un type ordinaire qui veut juste s’en sortir, et qui glisse vers le pire presque sans s’en rendre compte.

Le détail qui dérange, c’est que ce Henri Marre a vraiment existé. C’est l’arrière-grand-père du réalisateur. Emmanuel Marre ne règle pas de comptes, il essaie de comprendre, ce qui est beaucoup plus inconfortable.

Swann Arlaud porte le film sur ses épaules et il est stupéfiant. Il ne joue pas le salaud, il joue l’homme faible, l’arrangeant, celui qui trouve toujours une bonne raison. On lui donne le rôle de sa carrière, et quand on connaît sa filmo, ça n’est pas rien. Sandrine Blancke et Mathieu Perotto l’accompagnent sans jamais surjouer.

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Côté mise en scène, Marre assume une forme quasi documentaire, presque à l’os, et se permet au passage des bascules de pop des années 80 complètement anachroniques. C’est culotté, ça aurait pu être ridicule, et pourtant ça fonctionne : la distance du présent vient cogner contre 1940 et le film respire.

Alors oui, 2h39, c’est long, et le rythme contemplatif peut en décourager certains. Ce n’est pas une reconstitution spectaculaire, c’est un film qui prend son temps pour vous faire sentir comment on bascule. La récompense est à la hauteur de l’effort.

Le Prix du scénario à Cannes a lancé la machine, et le public a suivi : meilleur démarrage de l’histoire de son distributeur. Pour un film aussi exigeant sur un sujet aussi inconfortable, c’est presque une surprise.

Si vous aimez le cinéma qui vous fait réfléchir plutôt que celui qui vous rassure, foncez. Vous en ressortirez remué, et vous aurez raison de l’être.

Crédit photo : AlloCiné

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