
Il y a des expositions qu’on visite par devoir, et d’autres où l’on comprend soudain pourquoi tout le reste existe. « Cézanne et nous », qui vient d’ouvrir au Grand Palais et qui tiendra jusqu’au 17 janvier 2027, est clairement de la seconde catégorie.
Le pari est joli. Plutôt que d’aligner sagement les toiles du maître d’Aix-en-Provence, les commissaires (des conservateurs du Centre Pompidou, du Musée d’Orsay et de l’Orangerie) racontent son onde de choc. On a donc une soixantaine de Cézanne, entourés de plus de cent œuvres signées par soixante-quinze autres artistes. Gauguin, Matisse, Picasso, Mondrian, jusqu’à Peter Doig et Joan Mitchell : tous, à un moment, ont regardé ce type et se sont dit qu’il fallait tout recommencer.
Ce qui frappe, c’est de voir à quel point Cézanne était en avance sans en avoir l’air. Ses natures mortes qui semblent glisser de la table, ses baigneurs taillés à la serpe, sa montagne Sainte-Victoire reprise cinquante fois comme une obsession. Sur le moment, on trouvait ça maladroit. Quarante ans plus tard, le cubisme naissait directement de ces pommes bancales.
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L’accrochage joue justement sur ce dialogue. Vous passez d’un paysage de Cézanne à une abstraction de Mondrian, et le fil se voit à l’œil nu. C’est là que l’expo devient intelligente : elle ne vous demande pas de croire l’influence sur parole, elle vous la met sous le nez. Même quelqu’un qui n’a jamais mis les pieds dans un musée saisit le truc en deux salles.
Alors oui, il faudra jouer des coudes. Une rétrospective Cézanne à Paris, ça draine du monde, et mieux vaut réserver son créneau que compter sur un miracle à l’entrée. Petit détail à noter, le Grand Palais fermait plus tôt le 25 septembre et restait clos le 26 pour une visite papale, histoire de vérifier vos horaires avant de vous déplacer.
Faut-il y aller ? Si vous aimez la peinture, la question ne se pose même pas. Et si vous pensez que Cézanne, c’est trois pommes dans une coupe pour cartes postales, allez-y justement pour vous faire contredire. On en ressort avec l’impression bizarre d’avoir compris, enfin, d’où venait tout le vingtième siècle.
Crédit photo : Grand Palais





