
Il y a des films qui tiennent sur une seule pièce, deux acteurs et une loge. Fausse note, en salles depuis le 7 octobre, est de ceux-là.
Alexandre Arcady adapte une pièce de Didier Caron créée en 2017, et il le fait sans chercher à ouvrir artificiellement l’espace. On reste là, dans les coulisses de l’Opéra-Comique, pendant quatre-vingt-dix minutes. C’est court, c’est tendu, et c’est bien le but.
Le pitch tient en deux lignes. Alexandre Miller, chef d’orchestre adulé, donne son concert d’adieu à Paris. Un admirateur se présente, Nathan Dinkel, libraire lyonnais d’apparence banale, insistant comme un fan qu’on n’arrive pas à décoller. Sauf que voilà, la rencontre n’a rien d’une rencontre. Elle rouvre un passé que le musicien aurait préféré laisser enterré.
Le vrai plaisir, c’est le duo. Benoît Poelvoorde en maestro, gravité inquiétante, œil qui fuit. Kad Merad en gêneur poli d’abord, puis franchement dérangeant. On a l’habitude de les voir en comédie, et le contre-emploi fonctionne vraiment. Arcady joue même avec ça : le film démarre comme un portrait feutré, glisse vers le vaudeville quand Merad s’incruste, puis se referme comme un thriller psychologique. Ce grand écart de ton est sa meilleure idée.
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Alors oui, il faut accepter le dispositif théâtral. Tout se joue sur les mots, les silences, les regards, et quasiment rien d’autre. Ceux qui attendent du mouvement au cinéma risquent de trouver ça statique. Moi j’ai trouvé que ça montait très bien en tension, justement parce que la caméra n’a nulle part où s’échapper.
Là où Arcady se montre plus discret, c’est sur l’arrière-plan du film. Le réalisateur parle de mémoire, de mensonge, de vigilance, et il laisse planer la question historique sans jamais trop appuyer. Certains lui reprocheront ce flou, cette façon de garder l’enjeu profond à demi dans l’ombre. D’autres y verront de la pudeur. Je penche pour la seconde lecture : le sujet est de ceux qu’on abîme vite en les surlignant.
Pour Arcady, c’est aussi un retour à la fiction pure après son film très personnel sur l’Algérie. Le résultat n’est pas parfait, le récit reste parfois trop énigmatique pour vraiment vous bouleverser. Mais le face-à-face, lui, est de la belle ouvrage.
À voir si vous aimez les affrontements d’acteurs et les huis clos qui serrent la gorge. Les amateurs d’action passeront leur chemin, et ils auront tort.
Crédit photo : AlloCiné





