
On connaît Alban Ivanov en trublion, en vanneur de plateau télé, en second rôle qui fait rire dans les comédies populaires. Le voir en paysan de 1915 envoyé au front, ça surprend. Et ça marche.
Justin le Juste, en salle depuis ce 23 septembre, c’est le nouveau film d’Éric Barbier, celui de La Promesse de l’aube. Une heure cinquante, distribué par SND, et un pari : raconter la Grande Guerre non pas par les grandes batailles, mais par un type qui n’a rien demandé à personne.
Justin est un misérable paysan. Il ne rêve que de rester dans sa ferme, de s’occuper de ses champs. Sauf que la loi en décide autrement, et le voilà expédié se battre contre un ennemi qu’il n’a jamais vu, au nom de quelque chose qu’il ne comprend pas. C’est là qu’il croise Basile, un tirailleur sénégalais joué par Birane Ba. Cette rencontre lui ouvre les yeux. Et à deux, ils vont se dresser contre l’absurdité d’un commandement qui envoie les hommes à la casse.
Barbier a fait un choix clair : la guerre à hauteur d’homme, pas la fresque militaire. On suit des destins, pas des états-majors. Alexandra Lamy vient compléter le tableau en journaliste du Canard enchaîné, Marie Baratier, qui recueille le témoignage de Justin pour dénoncer les abus de la hiérarchie. L’idée est belle et donne au film son fil politique sans jamais trop appuyer.
Si le film vous donne envie de prolonger le voyage dans le fracas de 14-18, le Goncourt de Pierre Lemaitre reste la grande référence romanesque sur les gueules cassées et l’après-guerre.
Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre (Prix Goncourt) → voir sur Amazon
Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
Ce qui accroche vraiment, c’est Ivanov. On l’attendait au tournant, forcément, tant le rôle est loin de son terrain habituel. Il y a de la retenue, de la justesse, une fragilité qu’on ne lui connaissait pas. Et l’amitié entre Justin et Basile, mine de rien, c’est le vrai cœur du film. Barbier remet aussi au centre la place des tirailleurs sénégalais, longtemps reléguée dans les marges de notre mémoire de 14-18. Ça, c’est précieux.
Alors oui, on n’échappe pas à quelques passages un peu appuyés, ce petit didactisme qui guette tous les films à message. La dénonciation de l’injustice militaire n’invente rien qu’on n’ait déjà vu, des Sentiers de la gloire à Un long dimanche de fiançailles.
Mais bon, le film est tendre, il est sincère, et il rappelle une évidence qu’on oublie vite : derrière les monuments aux morts, il y avait des Justin. Pour un mercredi de rentrée, c’est une belle sortie familiale, à condition d’assumer l’émotion. On ne va pas s’en plaindre.
Crédit photo : SND





