Vous connaissez peut-être Sonia Devillers pour sa voix du matin sur France Inter. La voilà de retour en librairie, et pour ce nouveau livre elle a choisi un sujet qui ne la lâche visiblement pas : la mémoire, les familles juives, ce que la guerre a arraché et qu'on ne récupère jamais vraiment. Après Les Exportés, elle publie Le Fabuleux piano chez Robert Laffont, et le bouquin figure déjà dans la sélection du Goncourt.
Tout part d'une image : un piano à queue, un modèle d'exception, volé en 1943 à une famille juive par la machine nazie. À partir de cet objet, Devillers déroule une enquête qui l'emmène du côté des Enoch, une dynastie d'éditeurs de musique qui a beaucoup compté dans le Paris de l'entre-deux-guerres. On croise au passage des mélodies qu'on fredonne tous sans trop savoir d'où elles sortent.
Ce qui accroche, c'est la façon dont elle traite la spoliation. On parle souvent des tableaux disparus, beaucoup moins des instruments, des partitions, de toute cette musique confisquée en même temps que les appartements. Devillers fouille les archives, recoupe, remonte le fil patiemment. Et elle le fait avec un ton retenu, sans tirer sur la corde sensible, ce qui est quand même assez rare sur un sujet pareil.
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Alors est-ce que tout marche ? Pas complètement. Le livre tient à la fois de l'enquête historique et d'un récit plus intime, et les deux ne s'emboîtent pas toujours. Certains passages traînent un peu, quelques digressions cassent l'élan, et une partie de la critique a trouvé l'enquête un brin en surface par endroits. Rien de rédhibitoire, mais il faut accepter de suivre une construction qui prend son temps et qui zigzague.
Reste l'essentiel : un objet, une famille, et à travers eux tout un pan d'histoire qu'on a tendance à laisser filer. C'est exactement ce que la littérature sait faire mieux qu'un manuel scolaire, rendre concret ce qui resterait sinon une ligne de bas de page.
Si vous aimez les récits qui partent d'un détail minuscule pour raconter une époque entière, celui-ci se tente vraiment. Et avec la proclamation du Goncourt début novembre, vous saurez très vite s'il faut l'offrir à Noël ou simplement le garder pour vous.
Crédit photo : Robert Laffont


