Culture

Sarah Arnold lâche des sangliers géants sur la campagne française, et L’Espèce explosive part joyeusement en vrille

posted by Vincent 9 octobre 2026
Affiche du film L'Espèce explosive de Sarah Arnold, un visage d'homme cerné de sangliers

Un gendarme corse à moitié alcoolisé, muté dans le nord-est de la France pour avoir fait un peu n’importe quoi, qui se retrouve à enquêter sur un agriculteur disparu pendant que des sangliers monstrueux ravagent les cultures et montent chasseurs et fermiers les uns contre les autres. Voilà le point de départ de L’Espèce explosive, le premier film de Sarah Arnold, sorti mercredi 7 octobre dans nos salles après un passage très remarqué à la Quinzaine des cinéastes au dernier festival de Cannes.

Sur le papier, ça ressemble à un polar rural comme on en voit cent. Sauf que voilà, Sarah Arnold n’a visiblement aucune envie de vous servir le énième thriller de campagne avec brume matinale et vieux secrets de famille. Elle bifurque très vite vers la comédie. La vraie, celle qui carbure à l’absurde et au malaise, quelque part entre Alain Guiraudie et Erwan Le Duc.

Le casting aide beaucoup. Alexis Manenti campe ce gendarme Orsini plus proche de l’épave que du flic modèle, Ella Rumpf joue la psychologue de la gendarmerie censée recoller les morceaux, et Vincent Dedienne complète l’équipe en collègue un peu largué. Leurs interactions décalées portent une bonne partie du film, et c’est précisément de ce frottement entre la noirceur de l’histoire et le comportement foutraque des personnages que naît l’humour.

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Alexis Manenti, le gendarme déglingué du film, avait explosé dans Les Misérables de Ladj Ly, qui lui a valu le César du meilleur espoir.

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Derrière la farce, il y a quand même un vrai propos. Les sangliers ne sont pas juste un gag, ils servent de miroir à une violence bien humaine, celle de la prédation économique, d’un notable qui pousse un paysan ruiné jusqu’à la rupture. L’idée est maligne, la mise en scène étrange et inventive, le montage nerveux.

Alors tout n’est pas parfait. En seconde moitié, l’équilibre entre le polar et la comédie devient fragile, le récit se laisse happer par le grotesque et quelques pistes restent clairement à l’état d’ébauche. On sent le premier film qui veut tout embrasser et perd un peu le fil en route.

Mais bon, pour une première réalisation, c’est franchement culotté. Si vous aimez les polars tordus, l’humour noir et les campagnes françaises filmées sans carte postale, foncez. Les autres risquent de rester sur le bord de la route, un peu désarçonnés par le ton. Moi, j’ai passé un très bon moment.

Crédit photo : AlloCiné

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