
Jacques Villeglé arrachait les affiches déchirées sur les palissades, les récupérait en lambeaux, et en faisait des tableaux. Le musée Carnavalet lui consacre « Paris à l’arraché » jusqu’au 14 février 2027, pile pour le centenaire de sa naissance. L’artiste, lui, est mort en 2022, à 96 ans.
Né à Quimper en 1926, Villeglé a passé sa vie à faire les poubelles graphiques de la capitale. De 1950 à 2020, il parcourt les rues avec un œil de chiffonnier. Quand une affiche a été lacérée par un passant, par le temps ou par un concurrent qui colle par-dessus, il la prélève. Telle quelle. C’est ça, le geste, et c’est tout le paradoxe : il ne dessine rien, il ne peint rien, il ramasse. On appelle ça le décollage, et avec Raymond Hains il en a fait un art à part entière, au cœur du Nouveau Réalisme.
Ce qui est malin, c’est que ces affiches déchirées racontent la France mieux qu’un manuel d’histoire. La guerre d’Algérie, le référendum de la Ve République, le Vietnam, Mai 68 et ses 600 000 affiches placardées sur les murs. Villeglé se voyait en historien-releveur, un gars qui note ce que la ville affiche puis efface. Les slogans en charpie, les visages de stars à moitié arrachés, les pubs qui se chevauchent : tout ça finit par composer un portrait sociologique de l’époque, sans qu’il ait eu à ajouter un mot.
Pour prolonger la visite, la monographie de référence sur l’artiste et ses affiches arrachées :
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L’expo, pensée par Jennifer Heim et Emilie Gandon avec la fille de l’artiste, Valérie Villeglé, vous fait littéralement marcher dans ses pas. Cinq quartiers servent de fil : Porte Maillot, Saint-Germain-des-Prés, Montparnasse, le Marais, les Halles. Entre les tableaux, des archives inédites, des panneaux « Défense d’afficher » devenus objets d’art, et de quoi comprendre comment un promeneur têtu a transformé le mobilier urbain en matière première.
Comptez 15 euros l’entrée, 13 en tarif réduit, du mardi au dimanche. C’est à deux pas de Saint-Paul, rue de Sévigné.
Le risque, avec ce genre de rétrospective, c’est l’hommage poussiéreux. Ici, c’est l’inverse. On ressort avec une envie bête mais tenace : regarder autrement le prochain mur couvert d’affiches à moitié décollées, en se disant qu’il y a peut-être un Villeglé qui sommeille dedans. À voir avant février si vous passez par le Marais.
Crédit photo : Paris Musées / Musée Carnavalet





