Culture

Neuf ans après Faute d’amour, Zviaguintsev revient avec Minotaure, et c’est le film le plus noir de l’automne

posted by Vincent 4 octobre 2026
Affiche officielle du film Minotaure d'Andreï Zviaguintsev, Grand Prix du Festival de Cannes 2026

Il avait disparu des radars depuis Faute d’amour, en 2017. Neuf ans de silence. Andreï Zviaguintsev revient donc avec Minotaure, qui débarque dans nos salles le 14 octobre, et qui est reparti de Cannes avec le Grand Prix au printemps dernier. Autant vous le dire tout de suite : c’est un grand film, et probablement l’un des plus durs de l’année.

L’histoire part d’un canevas que les cinéphiles reconnaîtront. Zviaguintsev adapte La Femme infidèle, le Chabrol de 1969, mais il le transplante dans la Russie de 2022. Gleb, joué par Dmitri Mazourov, est un homme d’affaires qui a réussi. Une belle vie, une femme, Galina, incarnée par Iris Lebedeva. Sauf que tout se fissure en même temps. Ses employés fuient le pays, la mobilisation militaire plane, et il découvre que Galina le trompe. Un homme qui perd pied, et qui se met à répondre à tout ça par la violence.

Ce qui est fort, c’est que Zviaguintsev ne filme jamais la guerre directement. Pas une image du front, aucun discours politique asséné. Il reste dans l’appartement, dans le couple, dans les regards qui se dérobent. Et c’est là que le film cogne : il raconte la décomposition d’un pays à travers celle d’un seul homme. La Russie de Poutine n’est jamais nommée frontalement, elle est partout quand même.

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On retrouve la patte glaçante du cinéaste, avec Mikhaïl Kritchman à l’image comme sur tous ses films. Des cadres millimétrés, une lumière froide, 140 minutes qui prennent leur temps. C’est long, oui, et ça ne cherche jamais à vous ménager. Si vous attendez un thriller nerveux, passez votre chemin. Minotaure se déguste comme un drame clinique, implacable.

Il faut aussi rappeler le geste du bonhomme. En recevant son prix à Cannes, Zviaguintsev, qui vit désormais loin de son pays, a lancé un « mettez fin à ce carnage » qui a cloué la salle. Difficile de dissocier le film de cet homme-là, qui continue de filmer la Russie tout en vivant ailleurs.

Pour qui, alors ? Pour ceux qui ont aimé Léviathan et Faute d’amour, et plus largement pour quiconque accepte un cinéma exigeant qui ne récompense pas la paresse. Ce n’est pas une soirée détente. Mais c’est le genre de film dont on reparle longtemps après être sorti de la salle. Distribué par Les Films du Losange, à partir du 14 octobre.

Crédit photo : Les Films du Losange

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