
Si vous avez dévoré Blackwater il y a deux ou trois ans, celui qu’on s’arrachait en six petits volumes à la tranche dorée, vous savez déjà quel nom se cache derrière. Michael McDowell, auteur américain mort en 1999, scénariste au passage de Beetlejuice et de L’Étrange Noël de Monsieur Jack pour Tim Burton. L’éditeur bordelais Monsieur Toussaint Louverture a bâti toute une collection autour de lui, et le 16 octobre il publie Les Élémentaires, un roman de 1981 traduit par Laurent Vannini. Quatre cents pages, 12,90 euros, un objet soigné comme toujours chez cet éditeur.
Le décor, d’abord, parce qu’il fait presque tout. Une langue de sable isolée sur la côte de l’Alabama, face au golfe du Mexique. Trois maisons victoriennes y tiennent debout. Deux sont encore habitées l’été, la troisième s’enfonce lentement dans le sable, les dunes ont déjà envahi le rez-de-chaussée et grimpent vers l’étage. L’endroit s’appelle Beldame.
Après des funérailles franchement bizarres à Mobile, deux familles cousines, les Savage et les McCray, reviennent y passer la saison chaude. Les morts et les secrets qu’ils voudraient fuir les attendent sur place. Et dans cette maison qui se noie, quelque chose rôde. McDowell ne le nomme jamais vraiment, préférant les signes qui ne collent pas, un enfant trop calme, une porte qui n’aurait pas dû s’ouvrir, et c’est précisément là que ça devient dérangeant.
Le roman dont on parle, à glisser dans la poche pour les soirées d’automne :
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Ce que McDowell réussit mieux que presque personne, c’est l’horreur domestique. Pas de monstre en caoutchouc, pas de cri toutes les dix pages. Il installe des familles du Sud américain, étouffantes et bien élevées, puis il laisse le mal s’infiltrer entre les silences du dîner et la chaleur moite. Le New York Times parlait d’un des livres de terreur les plus effrayants qu’il ait lus, et l’auteur lui-même considérait Les Élémentaires comme son roman préféré. Quand un écrivain vous dit ça de son propre travail, on tend l’oreille.
Faut-il avoir lu Blackwater avant ? Pas du tout, les deux histoires sont indépendantes. Si vous cherchez un roman d’ambiance pour les soirées qui tombent tôt, du gothique américain qui préfère la lente montée de la peur aux coups de théâtre, c’est franchement tout indiqué. Un petit format à glisser dans la poche, à lire fenêtre fermée, de préférence loin de toute plage déserte.
Crédit photo : Monsieur Toussaint Louverture




