Culture

Mathias Énard troque Byzance pour une petite rivière du Poitou avec Hôtel Balkan, et c’est peut-être son livre le plus intime

posted by Vincent 23 octobre 2026
Couverture du récit Hôtel Balkan de Mathias Énard, deux pirogues au bord d'une rivière au crépuscule, éditions Actes Sud

On connaît Énard pour ses romans-mondes, Zone d’une seule phrase longue de cinq cents pages, Boussole qui lui a valu le Goncourt en 2015. Avec Hôtel Balkan, il fait tout l’inverse. Il monte dans un canoë et descend une rivière minuscule, la Sèvre Niortaise, celle de son enfance.

Paru le 16 septembre chez Actes Sud, 272 pages, le livre est le deuxième volet d’un cycle baptisé Mélancolie des confins, prévu en quatre tomes comme les quatre points cardinaux. Après le Nord en 2024, voici l’Est.

Le principe est simple et un peu fou. Énard pagaie sur la Sèvre et, au fil de l’eau, remonte le cours d’une autre géographie, celle des Balkans. De l’Hôtel Balkan de Trieste aux ruines de Sarajevo, où il a croisé trente ans plus tôt, en pleine guerre de Yougoslavie, le regard d’une certaine Sara.

Les lecteurs de Boussole sourient déjà. Sara, c’est elle, l’orientaliste dont rêvait Franz Ritter toute une nuit d’insomnie. Énard rebranche ses fils, mais cette fois sans masque romanesque. C’est lui qui rame, lui qui se souvient.

Hôtel Balkan, Mathias Énard (Actes Sud)

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Le résultat tient de l’autobiographie fluviale, pour reprendre la jolie formule d’Augustin Trapenard à La Grande Librairie. On navigue entre Proust, Joyce, Duras et le Danube de Claudio Magris, dont ce livre est clairement le cousin français. C’est érudit, parfois vertigineux.

Du coup, autant le dire tout de suite, ce n’est pas un livre qui se dévore. Pas d’intrigue, pas de rebondissement, juste une conscience qui divague entre les berges et les morts. Il faut accepter de se laisser porter par le courant, de lâcher la rame.

Mais quand on accepte, c’est magnifique. Énard écrit la mélancolie d’une Europe qui s’effrite sous nos yeux, et il le fait avec une tendresse qu’on ne lui connaissait pas toujours. La Sèvre de l’enfance devient le miroir du Danube des charniers, et la pagaie, un instrument de deuil autant que de souvenir.

Pour qui, alors ? Pour celles et ceux qui aiment prendre leur temps, qui ont lu Boussole et veulent savoir ce que l’eau a emporté. Les autres risqueront de trouver le voyage long. Mais bon, les plus belles rivières ne sont jamais les plus rapides.

Crédit photo : Actes Sud

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