
Vous connaissez sans doute ses araignées. Les Maman de plusieurs mètres de haut qui ont trôné devant le Guggenheim de Bilbao et dans la moitié des musées du monde, bronze massif et pattes d’acier. La BnF prend le contre-pied. Depuis le 20 octobre, son site Richelieu accroche la Louise Bourgeois qu’on voit beaucoup moins : celle du dessin, de la gravure, de la petite feuille griffonnée à la main.
L’exposition s’appelle Extrême tension et réunit environ 175 œuvres jusqu’au 21 février 2027. Une centaine viennent d’un don que l’artiste a fait à la Bibliothèque nationale en 1995. Les quatre-vingt-onze autres sont prêtées par le Centre Pompidou. C’est la première fois que les deux collections se retrouvent dans la même salle, et la première grande exposition parisienne que lui consacre une institution publique depuis 2008. Autant dire que ça faisait un moment.
Née à Paris en 1911, formée d’abord aux mathématiques avant de bifurquer vers l’atelier de tapisserie familial, elle a passé l’essentiel de sa vie à New York, où elle est morte en 2010 à quatre-vingt-dix-huit ans. Son art tire presque tout de là. La mère qui réparait les tapisseries devient l’araignée tisseuse, protectrice et un peu inquiétante. Les Femmes-Maisons, ces corps de femme surmontés d’une bâtisse à la place de la tête, disent la même chose en plus frontal.
Pour prolonger la visite, la grande monographie signée par la commissaire de l’expo, Marie-Laure Bernadac :
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Le cœur du parcours, c’est la série Extrême tension de 2007 : onze grandes feuilles où l’estampe, le dessin et l’écriture manuscrite se mélangent. Bourgeois a alors quatre-vingt-seize ans et elle note, au crayon, la douleur, le corps qui lâche, l’angoisse. Rien de décoratif là-dedans. On lit aussi les neuf planches de He Disappeared into Complete Silence, et un autoportrait de 1942 qui mérite qu’on s’arrête.
Mon conseil : n’y allez pas en cherchant le spectacle des sculptures monumentales, vous seriez déçu. Allez-y pour l’inverse. Ce sont des formats intimes, souvent minuscules, où tout se joue dans un trait rouge ou rose, une aiguille dessinée, une phrase gribouillée. C’est plus exigeant. C’est aussi beaucoup plus bouleversant.
Comptez 15 euros, 10 en tarif réduit, gratuit avant 26 ans. La galerie Mansart se trouve au 5 rue Vivienne, dans le deuxième. À voir avant que l’hiver ne file.
Crédit photo : BnF





