
Il y a des livres qu’on ouvre pour tuer une soirée et qu’on referme à trois heures du matin, un peu sonné. La dernière des Wilberforce, le nouveau roman de Julia Kerninon paru le 20 août chez L’Iconoclaste, fait partie de ceux-là.
Le décor tient en quelques mots. Une presqu’île de six cents hectares, deux familles qui s’y retrouvent chaque été depuis l’enfance. D’un côté Waldo et son frère Adam, de l’autre les sœurs Wilberforce, Annabel et Olivia. Entre eux, ce lien un peu magique qu’on noue à dix ans et qu’on croit éternel. Ils s’appellent les jumeaux cosmiques. Vous voyez le genre.
Sauf que voilà, dix ans ont passé. Waldo revient à contrecœur, convoqué par sa mère pour une fête dont il se serait bien passé. Et cette nuit-là, sur la presqu’île, tout remonte. Les amours ratées, les silences, ce qu’on s’est fait et ce qu’on a laissé faire.
Kerninon construit son roman comme un huis clos à ciel ouvert. Une seule nuit, ou presque, et dessous vingt ans de non-dits qui finissent par crever la surface. C’est là qu’elle est vraiment forte. Elle habite ses personnages de l’intérieur, surtout ses femmes, et elle regarde comment les blessures d’enfance façonnent des adultes cabossés sans jamais tomber dans le dossier de psychologie.
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On y parle de maternité, de violence ordinaire, de ce besoin de réparer ce qui ne se répare pas, du désir un peu fou d’être enfin libre. Dit comme ça, ça pourrait plomber. Dans les faits, ça file. Les 288 pages se lisent comme un polar, avec cette tension qui monte doucement et vous empêche de lâcher la lampe de chevet.
Ce n’est pas un roman parfait. La mécanique des révélations est parfois un peu trop huilée, et on devine deux ou trois virages avant qu’ils n’arrivent. Mais la densité des personnages emporte tout. On y croit, on s’attache, on veut savoir.
Si vous aimez les étés qui ne reviennent pas et les secrets de famille qui pourrissent lentement, foncez. C’est le genre de livre qu’on prête en disant lis-le vite, qu’on en reparle. Pour une rentrée qui a aligné plus de 460 romans, en tenir un pareil, ça ne se boude pas.
Crédit photo : L’Iconoclaste





