
On connaît tous la photo. 29 mai 1953, deux hommes posent au sommet du monde, le premier matin où l’Everest a enfin cédé. Sauf qu’on n’a jamais vraiment retenu qu’un seul nom de cette journée-là, Edmund Hillary. L’autre, le sherpa Tenzing Norgay, a passé un demi-siècle à jouer les seconds rôles dans sa propre histoire. « Tenzing », sorti en salles le 9 octobre et disponible sur Apple TV depuis le 16, remet les choses d’aplomb.
Derrière la caméra, Jennifer Peedom. Si le nom ne vous dit rien, ses documentaires d’altitude avaient déjà tout dit de son obsession pour les hauteurs. C’est ici son premier vrai film de fiction, et elle a fait un choix simple qui change absolument tout : filmer l’ascension depuis le regard de Tenzing, et non depuis celui des Britanniques venus planter leur drapeau.
Le jeune Genden Phuntsok tient le rôle-titre, face à un Tom Hiddleston méconnaissable en Hillary et un Willem Dafoe impérial en John Hunt, le chef de l’expédition. Johnny Flynn fait une apparition en George Mallory, ce fantôme disparu en 1924 qui hante toutes les tentatives suivantes. La distribution mélange acteurs népalais et stars anglaises sans jamais que le dosage ne sonne faux.
Peedom n’a pas triché sur le terrain. Tournage au Népal, à Katmandou et dans la région de l’Everest, pendant l’été 2025, avec ce froid et ce vertige qu’aucun fond vert ne sait fabriquer. Les 125 minutes vous collent littéralement à la paroi, souffle court compris.
Et si le film vous donne envie de rester un peu en altitude, le récit de Krakauer reste le classique absolu du genre.
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La presse anglo-saxonne parle d’un classicisme assumé, presque à l’ancienne, qui pourrait passer pour de la sagesse un peu scolaire. C’est justement là sa force. Peedom tient l’équilibre rare entre le grand frisson de l’aventure et une profondeur plus intime, celle d’un homme qui ne grimpe pas pour la gloire mais pour quelque chose de spirituel qui lui appartient.
On pourra lui reprocher d’être par moments trop révérencieux, de marcher sur des œufs avec sa légende. Mais bon, quand on a passé sa vie à être relégué au second plan d’un cliché, un peu de révérence n’a rien d’illégitime.
Si vous aimez les films de montagne qui prennent leur temps et les histoires vraies qu’on a trop longtemps racontées de travers, foncez. Celle-là méritait sa correction.
Crédit photo : Apple Original Films





