Culture

Isabelle Huppert joue une figurante qui rêve d’un vrai rôle, et Ni vue, ni connue est la comédie la plus maligne de la rentrée

posted by Vincent 3 octobre 2026
Affiche officielle du film Ni vue, ni connue de Marc Fitoussi, avec Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain

Prendre l’une des plus grandes actrices françaises et lui demander de jouer une invisible, une de ces silhouettes qu’on traverse du regard sur un tournage : voilà le point de départ de Ni vue, ni connue, que Marc Fitoussi sort en salles le 7 octobre. Et rien que cette idée de casting, c’est déjà un petit coup de génie.

Huppert y campe Corinne Maclou, figurante professionnelle qui enchaîne les plateaux depuis des années avec toujours le même espoir au fond de la poche : qu’on la remarque enfin, qu’on lui donne un jour autre chose qu’un rôle de passante dans le fond du cadre. Son chemin croise celui de Sandrine Kiberlain, qui joue sa propre image de star, et une drôle de relation se noue entre les deux femmes. Corinne y voit sa chance. Sauf que la grande famille du cinéma, vous vous en doutez, ne s’ouvre pas si facilement.

Ce qui rend le film savoureux, c’est ce jeu de miroirs permanent. Kiberlain, Diane Kruger, Emmanuelle Bercot, Ana Girardot : toutes jouent des versions d’elles-mêmes, avec ce qu’il faut d’autodérision pour que ça ne tourne jamais au règlement de comptes de milieu. Fitoussi préfère l’ironie à la charge frontale, et il filme au fond une solitude partagée. Les figurants crèvent de ne pas exister aux yeux des autres, et les célèbres, elles, se demandent qui les voit encore vraiment, derrière le masque de la notoriété.

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Tout n’est pas parfait. Le film pousse parfois un peu trop loin la mécanique de la farce, et certaines péripéties semblent surtout là pour alimenter le ressort comique plutôt que pour affûter le regard sur ce petit monde. La mise en scène, plutôt discrète, aurait sans doute pu se permettre d’être plus mordante. Mais bon, on tient quand même une comédie fine, portée par une Huppert qui s’amuse visiblement à se rendre terne, le dos voûté sur sa malle de costumes.

Présenté à Locarno, à Toronto et en ouverture du Festival du film francophone d’Angoulême, Ni vue, ni connue dure 1h55 et vise large : les amateurs de comédie française à l’italienne, ceux que les coulisses du cinéma intriguent, et tous ceux qui aiment voir Huppert faire un pas de côté. Si vous cherchez une sortie intelligente sans vous prendre la tête, celle-là coche pas mal de cases.

Crédit photo : Memento Distribution

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