
Il y avait déjà l’adaptation d’Ang Lee en 1995, avec Emma Thompson et Kate Winslet, longtemps considérée comme la version définitive du roman de Jane Austen. Autant vous dire que reprendre ce titre, c’est se mettre une sacrée pression. Georgia Oakley l’a quand même fait, et son Raison et Sentiments est sorti en salles le 23 septembre.
La réalisatrice n’est pas une inconnue : on l’avait repérée avec Blue Jean, son premier long remarqué en 2022. Elle arrive donc avec une idée précise en tête, et ça se voit tout de suite.
L’histoire, vous la connaissez peut-être. À la mort de leur père, les trois sœurs Dashwood perdent la maison familiale, récupérée par leur demi-frère, et doivent refaire leur vie dans un modeste cottage du Devon. Elinor tombe pour le discret Edward Ferrars, Marianne pour le beau parleur Willoughby, et à partir de là tout se complique.
Daisy Edgar-Jones tient Elinor, la sœur raisonnable, celle qui encaisse sans rien montrer. Et c’est là que le film est le plus fort : elle fait passer une palette d’émotions énorme presque uniquement avec son visage, sans un mot. Esmé Creed-Miles joue Marianne, la sœur à fleur de peau, George MacKay campe Edward et Caitriona Balfe la mère. Le casting tient vraiment la route.
Envie de relire l’original avant ou apres la seance ? Le roman de Jane Austen se trouve en poche pour trois fois rien.
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Ce qui change, par rapport à Ang Lee, c’est le parti pris. Oakley signe une version moins léchée, moins carte postale, plus naturelle. Le film assume un regard féminin : la passion passe ici par les regards, les corps qui se frôlent, les silences, plutôt que par des scènes appuyées. C’est de l’intimité émotionnelle plus que du romanesque en grand décor. Et ça donne une relecture qui parle franchement à aujourd’hui, sans trahir Austen.
Alors ce n’est pas parfait. Sur ses 2h13, le film traîne un peu par moments, et il en fait parfois un peu trop sur certaines scènes. Mais la critique est plutôt d’accord pour dire que l’ensemble tient, porté par ses deux actrices et par cette façon subtile de filmer les sentiments.
Si vous aimez Austen, ou juste les films d’époque qui misent sur le jeu et pas sur les robes, ça vaut le déplacement. Et si vous connaissez la version de 1995 par cœur, voyez plutôt celle-ci comme une nouvelle lecture que comme une concurrente. Les deux peuvent très bien cohabiter.
Crédit photo : Universal Pictures International France





