
Vous connaissez peut-être Eels sans le savoir. Le groupe de Mark Oliver Everett, ce type qu’on appelle simplement « E », a signé il y a presque trente ans « Novocaine for the Soul » et « Mr. E’s Beautiful Blues », deux chansons qui ont traîné un peu partout, des pubs aux bandes-son de films. Depuis, il aligne les disques à un rythme tranquille. Celui-ci, sorti le 16 octobre chez Play It Again Sam, est le seizième. Et le titre, Cookie Happened, vient d’une blague autour du Cookie Monster de Sesame Street. Tout un programme.
Douze chansons, quarante minutes pile, pas une de trop. On est en terrain connu. Des cordes qui gonflent, une voix éraillée qui alterne l’espoir et le désespoir dans la même phrase, des petites poussées d’indie-rock qui font du bien. Le premier extrait, « Cap In Hand », donne le ton. C’est doux, un peu cabossé, ça parle de tendre la main quand on n’a plus grand-chose à offrir.
Il faut dire qu’Everett a de la matière. Sa vie ressemble à un roman triste. Un père physicien génial et lointain, l’inventeur de la théorie des mondes multiples, qu’il a retrouvé mort à quarante-neuf ans. Une sœur et une mère disparues trop tôt. Il a tout raconté dans un livre devenu culte chez ceux qui l’aiment, « Things the Grandchildren Should Know ». Cette mélancolie, il la transforme en chansons depuis les années 90, sans jamais chercher à en faire autre chose qu’une consolation.
Si le disque vous tente, Cookie Happened existe en CD et en vinyle chez Play It Again Sam :
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Alors oui, personne ne criera à la révolution. La presse anglaise parle d’un disque sans surprise, et elle n’a pas tort. Mojo, musicOMH, Glide, tout le monde salue le même bonhomme qui, au bord du gouffre, continue de s’émerveiller. Metacritic affiche un 81 plutôt flatteur. Ce n’est pas un album qui réinvente la roue. C’est un album qui vous attend quand vous rentrez fatigué, un soir d’octobre.
Pour qui, du coup ? Pour ceux qui ont grandi avec Eels et qui aiment retrouver un vieux copain vieilli en même temps qu’eux. Pour les autres, ce n’est sans doute pas la meilleure porte d’entrée dans une discographie foisonnante et inégale. Mais si vous cherchez quarante minutes de chansons honnêtes, un peu abîmées, qui ne mentent jamais sur l’état du monde, celui-ci fait parfaitement le job. Bref, du Eels. Et c’est déjà beaucoup.
Crédit photo : Eels / Play It Again Sam





