Culture

Avec Montefiore, Pierre-Henry Gomont rafle le prix du meilleur album à Quai des Bulles et signe sa plus belle fuite en avant

posted by Vincent 22 octobre 2026
Couverture de Montefiore de Pierre-Henry Gomont : deux garçons gravissent une falaise face à un cheval cabré, mer en arrière-plan

Il y a des livres qu’on referme avec les mains qui tremblent un peu. Montefiore, le dernier album de Pierre-Henry Gomont paru le 18 septembre chez Dargaud, fait partie de ceux-là. Et le jury de Quai des Bulles ne s’y est pas trompé : le 10 octobre, il lui a décerné son prix du meilleur album. Mérité.

L’histoire tient dans un été. Andrea et Angelo, deux frères dingues de chevaux, débarquent dans l’élevage familial sur invitation de leur oncle Guido. Un monde dont leur père Giorgio les avait soigneusement tenus à l’écart, parce qu’il avait rompu avec ce clan aux traditions trop lourdes. Il y a là une tante, un vieil entraîneur, et surtout Hermès, un cheval à moitié fou, à la robe couleur d’argent, que personne n’arrive vraiment à dompter. Vous devinez la suite : les gamins se cognent à l’ordre établi, aux non-dits, aux vieilles rancunes qui couvent sous la paille.

C’est tout l’art de Gomont. Il part d’une passion presque enfantine, celle de la course, du galop, du Palio à l’italienne, pour vous emmener ailleurs. Vers quelque chose de bien plus sombre : ce que les familles se transmettent sans le dire, la jalousie, la violence feutrée, le poids d’un nom qu’on porte qu’on le veuille ou non.

Montefiore - Pierre-Henry Gomont (Dargaud)

L’album primé à Quai des Bulles, à offrir les yeux fermés :

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Et puis il y a le dessin. 192 pages où son trait passe de l’esquisse la plus nerveuse à des planches somptueuses, pleines de poussière et de lumière. Les chevaux, surtout. Gomont les dessine comme personne, avec une liberté folle qui contraste exprès avec la lourdeur du décor familial. L’animal libre d’un côté, le marécage des rancœurs de l’autre. Tout le livre tient dans cette tension.

On apprend aussi, et ça change le regard, que l’album est un hommage à peine déguisé à ses deux fils. Ça se sent. Il y a dans ces pages une tendresse qui n’est jamais mièvre, une façon de parler de l’enfance et de l’émancipation sans jamais donner de leçon.

Alors oui, 27 euros pour une BD, ça se réfléchit. Mais c’est le genre de livre qu’on offre les yeux fermés, qu’on relit, qu’on prête en recommandant de faire attention à la couverture. Si vous avez aimé Malaterre ou Slava, foncez. Et si vous ne connaissez pas encore Gomont, c’est vraiment une très belle porte d’entrée.

Crédit photo : Dargaud

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