Il fallait oser. Prendre un homme, une combinaison de plongée, et le faire avaler tout entier par un cachalot au large de la Californie. C'est le pari d'Englouti, sorti le 14 octobre dans nos salles, un survival signé Brian Duffield qui adapte le roman Whalefall de Daniel Kraus, paru en 2023. Et le concept, aussi improbable soit-il, s'accroche à une vraie logique : une fois pris dans l'estomac de la bête, Jay dispose d'environ une heure d'oxygène pour s'en extraire. Un compte à rebours, un espace clos, un corps qui panique. Sur le papier, c'est du cinéma de sensations pur jus.

Et pendant une bonne partie du film, ça marche vraiment. Austin Abrams porte quasiment tout le métrage sur ses épaules, seul dans le noir, cerné par une paroi vivante qui se contracte autour de lui. Duffield filme cette claustrophobie avec une précision qui met mal à l'aise, et il glisse quelques trouvailles visuelles vraiment belles, comme cette méduse bioluminescente qui éclaire un instant l'horreur. On retient son souffle en même temps que lui. Difficile de faire plus immersif avec un décor aussi contraignant.

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Le problème arrive avec ce que le film tient absolument à raconter en plus. Car Englouti n'est pas qu'une histoire de survie : Jay est descendu chercher la dépouille de son père, et le cachalot devient vite une grosse métaphore du deuil à digérer. L'intention est honorable, sauf que la ficelle est épaisse. Les flashbacks sur la relation père-fils s'empilent de façon mécanique, chaque leçon de plongée du paternel trouvant sa petite application quelques minutes plus tard. On voit arriver chaque rouage, et le dernier tiers vire carrément au mystique, là où on aurait préféré rester dans le ventre de la bête, à suer avec lui.

Reste un film de 1h46 qui ne ressemble à rien d'autre à l'affiche en ce moment, et c'est déjà beaucoup. Si vous aimez les survivals qui vous collent au fauteuil et que vous acceptez d'avaler la couche symbolique sans trop tiquer, foncez. Si la psychologie appuyée vous agace vite, vous risquez de trouver le temps long dès que Jay arrête de nager. Moi je retiens surtout le cachalot : rarement un monstre aura été aussi convaincant en faisant si peu.

Crédit photo : Allociné