Culture

Anne Carson décroche le Nobel de littérature, et c’est une poète qu’on peut vraiment lire sans diplôme

posted by Vincent 8 octobre 2026
Couverture du livre Autobiographie du rouge d'Anne Carson, éditions L'Arche

L’Académie suédoise a tranché ce jeudi 8 octobre : le Nobel de littérature 2026 va à Anne Carson, poétesse et traductrice canadienne de 76 ans, née à Toronto et installée à Montréal. Elle devient la dix-neuvième femme à l’obtenir, après Han Kang en 2024 et László Krasznahorkai l’an dernier.

Le jury salue une œuvre « audacieuse et inventive » qui dialogue avec la tradition classique pour inventer de nouvelles formes. Traduction un peu guindée pour dire une chose simple : Carson a passé sa vie dans le grec ancien, Sappho, les tragiques, et elle en a tiré une poésie bien à elle, qui ne ressemble à rien d’autre.

Si le nom ne vous dit rien, c’est normal. En France, elle reste confidentielle, publiée surtout par L’Arche depuis 2019. Et pourtant.

Le livre par lequel commencer, c’est Autobiographie du rouge, paru chez L’Arche en 2020 dans la traduction de Vanasay Khamphommala. Un roman en vers qui reprend le mythe de Géryon, le monstre rouge tué par Héraclès, et le transforme en adolescent complexé qui tombe amoureux. Ça paraît casse-gueule sur le papier. C’est en réalité l’un des textes les plus tendres et les plus drôles qu’on puisse lire sur le premier amour.

Autobiographie du rouge, Anne Carson (L'Arche)

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Il y a aussi Antigonick, sa relecture d’Antigone traduite par Édouard Louis, La Beauté du mari qui lui avait valu le prix T.S. Eliot en 2001, ou Norma Jeane Baker de Troie, où Marilyn Monroe croise Hélène de Troie. Carson adore ces télescopages entre l’Antiquité et nous. C’est son terrain de jeu.

Alors oui, prévenons tout de suite : ce n’est pas de la lecture de plage. Elle demande qu’on la suive, qu’on accepte les blancs, les fragments, les images qui cognent sans qu’on vous explique rien. Mais quand on entre dedans, c’est d’une puissance rare.

Bonne nouvelle pour qui voudrait s’y mettre : Eros doux-amer, son essai sur le désir inspiré des Grecs, sort justement chez L’Arche le 6 novembre. Le timing est parfait.

Récompenser une poète, et une poète aussi peu commerciale, c’est un choix qui a du panache. Ça change des valeurs sûres. Et ça donne une vraie raison d’ouvrir un livre qu’on n’aurait sans doute jamais sorti du rayon tout seul.

Crédit photo : L’Arche Éditeur

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