Culture

Ian McEwan imagine en 2119 un universitaire qui fouille nos années pour retrouver un poème perdu, et ce roman vertigineux arrive enfin en français

posted by Vincent 22 octobre 2026
Couverture du roman Ce que nous pouvons savoir d'Ian McEwan, collection Du monde entier, Gallimard

Il sort ce 22 octobre chez Gallimard. Ian McEwan a 77 ans, dix-huit romans derrière lui, et visiblement l’envie intacte de nous secouer un peu. Ce que nous pouvons savoir avait été publié en anglais en septembre 2025. France Camus-Pichon vient de le traduire pour la collection Du monde entier, cinq cents pages, 24 euros.

Le point de départ est magnifique. Nous sommes en 2119. La montée des eaux a englouti une partie du Royaume-Uni, l’Angleterre n’est plus qu’un archipel, et un professeur du nom de Tom Metcalfe passe ses journées à étudier une époque lointaine et presque mythique pour lui : la nôtre, les années 1990 à 2030. Il s’est mis en tête de retrouver un poème disparu, écrit par un certain Francis Blundy, lu une seule fois à voix haute lors d’un dîner d’anniversaire en 2014, puis jamais revu.

Metcalfe n’a pour avancer que des fragments, des archives abîmées, le journal intime de Vivien, la femme du poète. C’est par ces bouts de papier qu’il reconstitue une vie, un couple, une soirée. Et c’est là que McEwan vous attrape : son vrai sujet, ce n’est pas le poème, c’est ce qui reste de nous quand tout le reste a coulé. Quelques phrases. Un carnet. Des silences.

Ce que nous pouvons savoir — Ian McEwan (Gallimard)

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La première partie, celle qui regarde notre présent depuis le futur, est d’une intelligence rare. McEwan y glisse sa mélancolie politique d’Anglais post-Brexit, cette façon qu’il a de se poser en libéral désenchanté qui s’interroge sur les dégâts du libéralisme. La seconde partie, plus romanesque, bascule dans l’enquête intime et prend son temps. Certains trouveront qu’elle traîne un peu. Moi, elle m’a tenu.

La presse anglo-saxonne a été enthousiaste. Au New York Times, Dwight Garner a parlé du meilleur livre de McEwan depuis des années, ce qui, chez un auteur de cette trempe, n’est pas un compliment distribué à la légère.

C’est un roman pour qui aime les grands récits à tiroirs, les écrivains qui pensent le temps long, et cette idée un peu effrayante qu’un inconnu, dans un siècle, lira peut-être nos vieux messages pour tenter de comprendre qui nous étions. Si vous avez aimé Expiation ou Leçons, foncez. Les autres y entreront plus lentement, mais ils y entreront.

Crédit photo : Gallimard

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