Culture

Hugo Becker porte seul en scène les Carnets d’Ukraine de Michel Hazanavicius, et ce petit théâtre vous remue plus qu’un documentaire

posted by Vincent 17 octobre 2026
Affiche de la pièce Carnets d'Ukraine de Michel Hazanavicius avec Hugo Becker au Studio Marigny

En novembre 2023, Michel Hazanavicius est parti en Ukraine. Pas avec une caméra, avec un carnet et un crayon. Il a croqué des soldats, des musiciens, des enfants, des mères, et il a noté ce qu’ils lui racontaient. De ce voyage il a tiré des carnets, et de ces carnets est né un spectacle qui se joue depuis le 3 octobre au Studio Marigny, à Paris, jusqu’au 24 janvier 2027.

Sur le plateau, un seul homme. Hugo Becker, que vous connaissez surtout pour ses rôles à l’écran, devient tour à tour chacune de ces personnes rencontrées. Un soldat, une violoncelliste, un gamin qui joue à la guerre pour de faux alors que la vraie gronde dehors. Il passe d’un corps à l’autre, change de voix, sans jamais tomber dans la caricature. C’est bluffant de précision, et ça tient en 1h10 à peine.

Le dispositif est d’une sobriété assumée. Quelques caisses, une chaise, une toile noire tendue, et les dessins de Hazanavicius projetés derrière l’acteur. Ces visages tracés au crayon donnent une présence étrange aux témoignages, comme si les absents venaient s’asseoir au bord de la scène. Julien Gélas, à la mise en scène, a eu l’intelligence de ne rien surcharger. La musique originale fait le reste.

Carnets d'Ukraine, Michel Hazanavicius (Allary)

Le livre dont la pièce est tirée : les carnets dessinés et écrits par Hazanavicius sur place.

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Ce qui frappe, c’est que la pièce ne raconte pas vraiment la guerre. Elle raconte des gens à qui la guerre est tombée dessus, et qui continuent de vivre, de jouer de la musique, de blaguer. Il y a beaucoup d’humour noir là-dedans, et c’est précisément ce qui rend l’émotion supportable. On rit, on a la gorge serrée dix secondes plus tard. Le texte interroge aussi le rôle de la culture dans un conflit, à travers ces Forces Culturelles ukrainiennes, des artistes qui travaillent auprès des populations touchées. Loin du discours.

Créé cet été au Festival Off d’Avignon, le spectacle arrive à Paris avec déjà une vraie réputation. Alors oui, on sort de là un peu sonné, ce n’est pas la soirée détente du vendredi soir. Mais c’est exactement le genre de théâtre qui justifie qu’on se déplace encore dans une salle plutôt que de rester vautré devant une série.

Si vous hésitez entre une sortie confortable et une sortie qui vous reste dans la tête une semaine, celle-ci est clairement de la seconde catégorie. Et pour une fois, croyez-moi, ça vaut le détour.

Crédit photo : Théâtre Marigny

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