
Seize ans après The Social Network, Aaron Sorkin rouvre le dossier Facebook. Sauf que cette fois, il passe lui-même derrière la caméra, et il ne raconte plus la naissance du réseau mais sa gueule de bois. The Social Reckoning est arrivé dans nos salles le 7 octobre, et le ton a changé du tout au tout.
Le film s’empare de l’affaire des « Facebook Files », cette fuite massive de documents internes orchestrée en 2021. Au centre, Frances Haugen, une ingénieure qui croyait à la mission de l’entreprise avant de comprendre ce que les algorithmes fabriquaient vraiment : de la colère, de la désinformation, des extrémistes à qui on tendait un micro parce que ça faisait grimper l’engagement. Elle contacte un journaliste du Wall Street Journal, Jeff Horwitz, et tout bascule.
Mikey Madison, fraîchement oscarisée pour Anora, joue Haugen avec une retenue qui tranche avec les habituels numéros d’acteurs chez Sorkin. Jeremy Allen White campe le journaliste, et Jeremy Strong récupère le rôle de Mark Zuckerberg, laissé vacant par Jesse Eisenberg qui a refusé de rempiler. Strong en patron glacé, forcément, ça fonctionne.
Derrière, on retrouve des gens sérieux : Jeff Cronenweth à l’image, déjà présent sur le premier film, et Alexandre Desplat à la musique. 1h52, produit par Sony, budget raisonnable pour un sujet pareil.
Pour (re)voir le film qui a tout commencé, celui de Fincher et Sorkin en 2010 :
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Le problème, c’est que Sorkin reste Sorkin. Ses dialogues en rafale font toujours mouche, mais sa manie des trois actes bien carrés et des fins qui rassurent vient émousser l’effroi que le sujet mérite. Plusieurs critiques le disent : le film arrive après la bataille. On a tous vu passer ces révélations, on a intégré depuis longtemps que les réseaux carburent à l’indignation, du coup la charge fait moins mal qu’un Social Network qui, lui, nous apprenait quelque chose.
La presse française reste mesurée, autour de 3,1 sur 5, pendant que le public se montre un peu plus chaleureux. Aux États-Unis, même partage : les uns saluent un thriller d’investigation nerveux et bien ficelé, les autres trouvent la démonstration un brin scolaire.
Alors on va le voir ou pas ? Si vous aimez le cinéma de procès, les joutes verbales et les histoires de lanceurs d’alerte qui font trembler les géants, oui, sans hésiter. Si vous attendiez un choc comparable à 2010, préparez-vous à un film plus sage. Honnête, bien joué, utile même. Juste un cran en dessous de la claque promise.
Crédit photo : Sony Pictures





