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Une vie sans mascara, ou pourquoi se défaire du diktat du maquillage

Posté par MaryCherryTree 26 juillet 2018 0 commentaire

Ce n’est pas nouveau, et pourtant il est souvent bon de le rappeler : nous vivons dans une société d’apparences. Dissimulé.e.s derrière nos selfies et nos vie faussement parfaites, se cachent de véritables individus qui préfèrent faire semblant et masquer leurs imperfections. Creusez un peu sous le fond de teint, l’eyeliner et le rouge à lèvre de ces femmes parfaites que vous jalousez : vous ne verrez que des victimes d’une des plus vastes obligations imposées aux jeunes filles, j’ai nommé : le maquillage.

Pour faire un (très) bref point historique, sachez que le maquillage a occupé des fonctions diverses et variées au fil des siècles. A l’origine, il s’agissait d’une marque tribale, symbolisant l‘appartenance à tel ou tel groupe ; ensuite, le maquillage a revêtu des caractéristiques religieuses et militaires. Puis, dans un glissement symbolique qui serait intéressant à décortiquer mais sur lequel je ne m’étendrai pas aujourd’hui, il est devenu un apparat mixte marquant l’appartenance à la noblesse et plus globalement aux plus riches. Enfin, le maquillage devint à partir du début du 20ème siècle un outil féminin de libération et une marque d’appropriation par les femmes de leur propre corps. Malheureusement, et comme souvent, notre société patriarcale s’est vite emparée de ce symbole d’émancipation féministe, en sexualisant les femmes maquillées et transformant progressivement de ce fait le maquillage en outil indispensable à la féminité. Ainsi, si elle veut être véritablement féminine, une femme doit être maquillée. Et c’est cela qu’on a appris, et qu’on apprend toujours, aux jeunes femmes d’aujourd’hui.

Lorsque j‘étais petite, je rêvais de pouvoir m’habiller et me comporter « comme un garçon ». Les robes, les petits cardigans, les collants et autres réjouissances représentaient pour moi de véritables épreuves mais, malgré mes protestations, il fallait bien de temps en temps que je « fasse comme toutes les filles » et donc que je me laisse faire. En grandissant, j’ai pu prendre en main mon propre habillement : à moi la combinaison jean – t-shirt chaque jour ! Cependant, l’entrée au collège et dans l’âge adolescent m’a mise face à une nouvelle réalité : le maquillage. Encore un apparat de la féminité qui, contrairement à certains (les cheveux longs, les bracelets…), ne m’attirait absolument pas. Mais, poussée par ce qui à l’époque me semblait être mon plein gré mais que je comprends, avec presque dix ans de recul, comme ayant été une obligation sociale implicite, je me suis mise à machinalement me maquiller le matin avant d’aller au collège. Jamais beaucoup : un peu de mascara, de l’anti-cernes et, parfois, un trait de crayon. Jamais beaucoup, mais largement suffisant. Et un jour, des années plus tard, j’ai compris. J’ai compris que je n’avais jamais aimé ça, que c’était la corvée du matin, mais que, fatalement, je ne m’imaginais pas aller à la fac ou en soirée sans avoir au moins masqué telle ou telle imperfection.

Ces femmes que vous trouvez belles sur les photos, dans les films ou dans la rue, sont quasi systématiquement maquillées. Le maquillage fait partie intégrante du visage public d’une femme, si bien qu’on ne remarque souvent plus qu’il est là. D’un outil de libération, de contrôle, le maquillage est devenu une norme. Une norme, que dis-je ! Une obligation, plutôt ! Un acte inévitable marquant le passage de petite fille à femme. Rendez-vous bien compte de l’absurdité du phénomène : une petite fille de 7 ans maquillée, ça choque. « Hypersexualisation des enfants ! » s’exclament certain.e.s. Mais une femme de 25 ans non-maquillée, ça interpelle. Comme si notre société ne savait pas elle-même où donner de la tête, entre les injonctions à être belles et les injonctions à être pures.

Arrêter de me maquiller m’a demandé beaucoup d’efforts. Des soirées en bar où je me sentais moche, des jours où j’enviais la peau faussement parfaite de mes amies, l’impression que le regard des hommes glissait sur mon visage sans jamais s’y attarder. Les remarques bienveillantes, du style « Oh tu as l’air fatiguée aujourd’hui » m’ont parfois donné envie d’arrêter là ma petite expérience et de me remettre à appliquer machinalement mon anti-cernes chaque jour.

Mais aujourd’hui, lorsqu’on me regarde j’ai l’impression que c’est véritablement moi qu’on regarde et non une version de mon visage élaborée de manière à mettre tel ou tel élément en valeur. Je me sens bien dans ma peau, j’ai le visage qui prend le soleil et l’air sans avoir les pores obstrués par des poudres et des crèmes. Je ne dépense plus une somme d’argent folle par an pour acheter des produits extrêmement polluants, sur-emballés, et le plus souvent testés sur des animaux. Et surtout : j’ai l’impression, pour une des premières fois dans ma vie de jeune femme, d’avoir réussi à me défaire d’une grosse chaîne sociale qui était accrochée à ma cheville sans même que je m’en rende compte.

Ces femmes qu’on envie tant sur les réseaux sociaux ou dans les films ne sont qu’un produit d’heures entières passées dans la salle de bain. D’ailleurs, en anglais,  make up  veut dire « inventer » et « maquillage » à la fois, coïncidence ?

Bien sûr, je ne nie pas que le maquillage est devenu pour certaines un véritable choix. Tout comme de nombreux éléments associés à la féminité – le rose, les robes, les talons, et j’en passe – cela correspond aux goûts de certain.e.s (il est bien triste de constater que si ces éléments plaisent à un homme, ils sont trop associés à une norme genrée imperméable pour qu’il puisse librement assumer ces goûts), indépendamment de tout pression sociale ! Il est tout à fait possible, et fort heureusement, d’être féministe et d’aimer se maquiller tout en ayant conscience qu’il s’agit d’un ressort utilisé par la société. Cependant, si c’est votre cas, posez-vous trois questions :

  • Est-ce que je suis capable de sortir avec des ami.e.s en public sans maquillage ?
  • Est-ce que je me sens « à découvert » si je me montre sans maquillage ?
  • Est-ce que c’est un geste que j’accomplis avec plaisir le matin avant d’aller en cours/au boulot/vaquer à mes activités ?

Si vous répondez « non » à une de ces questions, alors prenez le temps de remettre en question cette habitude ; qui sait, peut-être parviendrez-vous à vous libérer d’un poids que vous ne pensiez pas porter !

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