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Regarde ta jeunesse dans les yeux

Posté par HeHo 16 août 2017 0 commentaire

« Regarde ta jeunesse dans les yeux toi qui commande en haut-lieu », c’est ce que rappait Kool Shen sur le morceau « Le monde de demain » en 1991. Regarde ta jeunesse dans les yeux est le titre du livre de Vincent Piolet, paru en 2015 et réédité en 2017. C’est un ouvrage historique un peu particulier qui documente la naissance du hip-hop français entre 1980 et 1990, comme l’indique son sous-titre.

Si la majeure partie des disques « classiques » de rap français datent des années 90, il faut regarder la décennie qui précède ces albums pour comprendre la gestation d’une culture hip-hop française. Le livre de Vincent Piolet montre qu’il y avait des gens, des lieux, des pratiques qui ont pu orienter l’émergence du hip-hop en France. Il décrit les liens originels entre France et États-Unis pour l’importation de ce mouvement, qui semblent tenir entre un petit nombre de personnes et reposer sur quelques hasards de la vie. Puis à Paris, les graffeurs dans les bouches de métro ou aux abords du Louvre, les DJs dans les différentes soirées ou après-midis dansantes qui ont commencés à passer un style de funk étrange appelé hip-hop, ceux qui ont commencés à scander des textes en anglais puis en français sur ces instrumentales, les danseurs qui se retrouvaient sur l’esplanade du Trocadéro ou à la salle Paco Rabanne pour s’entrainer …

L’ouvrage est dense et remet tout en perspective, les acteurs dont les noms résonnent encore aujourd’hui (comme ceux de Joey Starr et Kool Shen qui figurent en couverture du livre) apparaissent au fil de l’ouvrage sans jamais en être le sujet principal. Il est fait mention d’eux pour une après-midi au Trocadéro dont on réalisera après qu’elle était un point de repère, puis ils reviendront quelques pages plus loin quand il est question de crews de danseurs. La force de Regarde ta jeunesse dans les yeux c’est que l’ouvrage réussit à recréer ce qui semblait être l’esprit d’interconnexion, d’un petit monde en plein fourmillement dont la phase de création d’identité n’était jamais formulée par les acteurs-mêmes du mouvement et souvent menacée de l’extérieur ou de l’intérieur. Il s’appuie sur de nombreux témoignages ou extraits d’entretiens réunis ici pour donner une cohérence à ce microcosme qui était en train d’ériger les fondements du mouvement hip-hop en France.

Des mythes qui entourent le terrain vague de Porte de la Chapelle à l’ouverture des radios libres dans les années 80 en passant par l’impact du message de la « Zulu Nation » initiée aux États-Unis par Afrika Bambaataa, le livre retrace ce qui a permis de donner corps au mouvement comme ce qui lui a donné son image parfois négative dans les médias. Les anecdotes et les récits des trajectoires singulières des uns et des autres sont riches. Le tout est amené très habillement par la plume de Vincent Piolet qui n’a pas connu cette période et qui a donc mené un gros travail d’enquête sur trois ans pour accoucher de cet ouvrage.

La force de ce livre est avant tout d’être une première somme aussi fouillée sur le sujet. Ensuite, Regarde ta jeunesse dans les yeux est agréable à lire (malgré ses 362 pages) car il montre une époque où une partie de la jeunesse, insouciante et passionnée, avait comme seule envie de se retrouver autour d’une culture et de la partager.

 

 

Regarde ta jeunesse dans les yeux (éd. Le mot et le reste), Vincent Piolet, préface de Dee Nasty & Postface de Solo, 24 euros.

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