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Portrait – « Aller dans l’espace, trouver la paix avec moi-même »

Posté par Gomasio 20 avril 2017 0 commentaire

image de couverture : La ligne rouge de Terrence Malick (1998)

 

Une série de portraits consacrée aux « jeunes ». On parle souvent d’eux comme une entité homogène mais qui sont-ils réellement, dans leur singularité ?

Si tu veux participer toi aussi, contacte-nous par mail : gomasio@berthine.fr

 

Peux-tu te présenter ?
C’est super dur comme question… Je n’aurais pas répondu la même chose il y a 3 jours que ce que je répondrais aujourd’hui. Et je ne sais pas si je dirais la même chose dans 3 jours non plus… enfin j’espère que si (rires). Là, tout de suite je suis quelqu’un d’un peu perdu qui court après des idéaux et parmi eux, certains me tirent vers le bas, certains me tirent vers le haut. Disons que quand je poursuis des idéaux d’amour, de réussite, ça me tire plutôt vers le bas et quand ce sont des idéaux comme la vérité et la sagesse ça me tire plus vers le haut.

Peux-tu m’expliquer pourquoi lorsque tu te présentes tu ne me dis pas ce que tu fais dans la vie ?
Parce que je suis toujours mal à l’aise quand on me demande qui je suis. Selon le contexte, la personne, je ne répondrais pas la même chose… Là j’ai répondu ça, je ne sais pas, peut-être parce que c’est une interview ? Si c’est un flic qui me demande, je dirais « Youenn, 29 ans » tu vois. Bon aussi parce que j’ai pas l’impression de faire grand chose dans ma vie… Ceci dit même quand j’avais un boulot, ou quand j’étais étudiant, je trouvais ça beaucoup plus intéressant de parler de ce qui me passionnait, de ce que je recherchais plutôt que de dire « je fais tel boulot ». Je sais pas pourquoi on se définit toujours par son travail ou ses études. Quand je veux connaître quelqu’un je m’en fous de savoir ça, je veux savoir ce que la personne aime, ce qui l’anime dans la vie.

Alors qu’est-ce qui t’anime aujourd’hui dans la vie ?
Je vais me répéter un peu : la quête de la vérité, la sagesse. Choses que tu n’atteins jamais en fait. Mais de m’y diriger ça me fait me sentir vraiment très bien. Aujourd’hui, on passe plein de temps à lire sur internet des trucs qui nous insupportent, à penser à des gens qui nous énervent. Ça crée vraiment une mauvaise dynamique. La bonne direction, c’est quelque chose que j’avais il y a 1 an, que j’avais trouvé : la quête de la connaissance, la stimulation artistique, se dire des choses belles avec ses ami-e-s, son entourage, consolider ses relations. Et en fait c’est ça, je me suis jamais senti aussi bien alors qu’à l’époque j’étais à la campagne chez mes parents, je ne pouvais même pas bouger de mon lit, j’avais une atèle et malgré ça je me sentais bien, j’allais vers ce qui me stimule, j’étais épanoui.

Pourquoi tu en parles au passé ?
Des événements qui ont fait que j’ai perdu ce truc pendant 1 an. J’ai entrepris une chute vers le bas, morale, un peu misanthrope, un peu blasée. Et il y a 2 jours, j’ai eu une conversation avec un ami qui m’a demandé « comment ça se fait que t’es plus comme t’étais y a 1 an ? Comment t’as perdu ça ? » Je me suis mis à réfléchir et je me suis dit : je sais pas comment ça a disparu, je ne sais pas comment le récupérer. Mais après réflexion, je crois que c’est une question de choix, d’aller vers ce qui te stimule. La première étape, c’est d’arrêter de penser aux choses négatives. Parce que même si on se dit « tiens je vais lire un bouquin de philo, regarder un film », quand on va mal on n’a même pas l’envie de s’y mettre. Donc le premier pas c’est d’enlever toutes les choses qui noircissent le tableau et après on peut aller vers ce qu’on aime et c’est primordial.

Ton plus grand rêve ?
Wahou. Euh… me faire sucer en apesanteur ? Non mais attends j’en ai plein des rêves ! Aller dans l’espace, trouver la paix avec moi-même. Y a des rêves qui sont des fantasmes, et des rêves plus pragmatiques. Plus pragmatiquement donc, de pouvoir vivre indépendamment du regard des autres.

En quoi c’est cool d’avoir 29 ans en 2017 ?
Déjà j’ai jamais dit que c’était cool ! (rires) Ça veut dire quoi ? En quoi c’est mieux maintenant ? On a un accès au savoir, à la connaissance, à l’art, un accès qui est incroyable comme jamais. Ça c’est quand même quelque chose de génial. Bon bien sûr le mauvais côté c’est que l’information est tellement partout qu’il y a beaucoup de conneries qui sont dites aussi, on prend moins de recul. Mais bon, objectivement, prenons un exemple : j’aime beaucoup le cinéma, si j’étais né 30 ans plus tôt ça aurait été beaucoup plus dur d’assouvir cette passion ne serait-ce que financièrement…
Une autre raison c’est qu’on fait partie de la génération qui, j’en suis convaincu, vivra la découverte de la vie autre part que sur Terre, et j’espère que ce sera un bouleversement philosophique et sociétal comme l’a été la révolution copernicienne.

En quoi c’est dur ?
C’est dur parce que, paradoxalement, cet accès à tout, cette possibilité d’être en communication constante avec le monde, ça nous fait voir tellement de perspectives… on a tellement de choix, on a tellement d’opportunités, d’autres possibles, que ça nous met une pression folle, qu’au final ça devient difficile de choisir et de se dire quelle est sa place. On est toujours confrontés au doute, confrontés à la réussite des autres.
L’autre chose, c’est que ça pue un peu la merde pour la Terre quoi. Je ne suis pas trop serein là-dessus.

Tu peux nous donner une musique à écouter, un livre à lire, et un film à voir ?
Un film ? Poser cette question à un cinéphile c’est comme demander à un parent de choisir entre ses enfants, c’est très très dur ! « La ligne rouge » de Terrence Malick.

Le livre : « L’idiot » de Dostoievski. Un bouquin incroyable qui donne foi en l’humanité, qui est d’une richesse hallucinante sur l’être humain.

Une musique ? « Shine on you crazy diamond » Voilà. Si on envoie une boîte dans l’espace pour montrer ce que l’humain a fait de mieux on mettra ça et ça suffira.

 

Si tu devais dire quelque chose à ton toi dans 20 ans, ce serait quoi ?
Donc dans 20 ans, j’aurai quasiment 50 ans… « J’espère que t’as enfin trouvé, l’harmonie que tu cherches depuis longtemps. Si t’as un fils, une femme qui t’aime et que tu t’aimes, le pari est gagné. »

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